Mobilisation #Noustoutes : pour Laurence Rossignol: "Le féminisme, c'est une valeur progressiste pour toute une société"

Laurence Rossignol à Paris,lors d\'un discours pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes le 8 mars 2017. 
Laurence Rossignol à Paris,lors d'un discours pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes le 8 mars 2017.  (POOL/ZIHNIOGLU KAMIL/MAXPPP / MAXPPP)

"Pour faire reculer les violences sexuelles et sexistes, il faut à la fois un engagement des pouvoirs publics plus fort [...] et une mobilisation de la société" estime Laurence Rossignol.

A la veille de la mobilisation #Noustoutes contre les violences faites aux femmes, l'enjeu de la mobilisation est de "montrer que la société est mobilisée pour changer elle-même", a affirmé vendredi soir sur franceinfo Laurence Rossignol. Pour la sénatrice PS de l'Oise, ancienne ministre des Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes, il s'agit aussi "d'exiger des pouvoirs publics des moyens supplémentaires […] pour que les violences faites aux femmes reculent". Plusieurs manifestations sont prévues à Paris ainsi que dans une cinquantaine de villes.

franceinfo : Les mobilisations contre les violences faites aux femmes augmentent, notamment chez les plus jeunes. C'est encourageant ?

Laurence Rossignol : C'est très encourageant d'entendre les jeunes générations qui se mobilisent. Pour faire reculer les violences sexuelles et sexistes, il faut à la fois un engagement des pouvoirs publics plus fort que celui qui est à l'œuvre en ce moment, et il faut une mobilisation de la société. C'est l'enjeu de la manifestation demain à Opéra. Il faut montrer que la société est mobilisée pour changer elle-même, pour se transformer. Qu'elle est aussi mobilisée pour exiger des pouvoirs publics des moyens supplémentaires. Dans mon département, il est probable qu'un tribunal puisse être supprimé. Cela veut dire moins d'instruction par le procureur, moins de justice rendue aux femmes victimes de violences, moins de plaintes poursuivies. La justice de proximité, la police de proximité, les services publics de proximité, c'est ce qui est nécessaire pour que les violences faites aux femmes reculent.

La cause contre les violences faites aux femmes est pourtant "Grande cause nationale" ?

C'est surtout "grand bavardage national récurrent". Ce qui s'est passé au cours de la dernière année - le mouvement MeToo - a déclenché chez les femmes le besoin de porter plainte. Et donc les plaintes augmentent, mais les moyens de la justice ne suivent pas, les moyens de la police ne suivent pas. C'est la limite de la Grande cause nationale, s'il n'y a pas les grands moyens nationaux, on peut toujours attendre. Aujourd'hui la situation a changé, l'attente a changé, la parole des femmes s'est libérée, encore faut-il qu'elle soit entendue à tous les échelons des services publics.

Le combat féministe est toujours un combat qu'il faut mener encore plus fort ?

En matière de violence faites aux femmes, ce qu'il faut connaître, ce sont les chiffres. 120 femmes meurent par an sous les coups de leur compagnon ou de leur ex-compagnon. Ce chiffre-là est d'une cruauté constante. Il ne baisse pas. Cela prouve que les combats féministes ont permis de lever le tabou sur les violences faites aux femmes, mais ils n'ont pas fait réduire ces violences. Le combat est encore là. Il faut regarder ce qui se passe autour de nous. J'observe que tous les populistes, réactionnaires, nationalistes - Bolsonaro, Salvini, Orban - tous ces populistes ont tous en commun d'être racistes, homophobes et sexistes. Ce n'est pas un hasard. Le féminisme, c'est aussi une valeur progressiste pour toute une société. Ceux qui affrontent le progrès, qui veulent nous ramener dans des sociétés refermées, hiérarchisées, s'en prennent aussi au droit des femmes.

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