IVG, délit d'entrave : il faut "prendre en compte cette nouvelle réalité de ces commandos anti-IVG numériques"

Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, à l\'Assemblée nationale.
Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, à l'Assemblée nationale. (SEBASTIEN MUYLAERT/WOSTOK PRESS / MAXPPP)

Sandrine Mazetier, députée PS de Paris et membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité entre les hommes et les femmes, est intervenue, jeudi sur franceinfo, sur la proposition d'extension du délit d'entrave à l'IVG.

La députée PS de Paris, membre de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité entre les hommes et les femmes, Sandrine Mazetier, a déclaré jeudi 1er décembre sur franceinfo que la proposition d'extension du délit d'entrave à l'IVG aux sites internet débattue ce jour à l'Assemblée nationale ne limite pas la liberté d'expression.

franceinfo : Que répondez-vous aux députés de droite qui argumentent que votre proposition d'extension du délit d'entrave au numérique atteint à la liberté d'expression ?

Il ne s'agit pas du tout, dans cette résolution et dans ce vote, d'attenter en quoi que ce soit à la liberté d'expression. Chacun est libre d'exprimer son hostilité à l'IVG, c'est le cas du candidat de la droite, François Fillon. Et chacun demeurera libre d'exprimer ses choix, ses options, ses convictions. En revanche, le délit d'entrave tel qu'il était défini depuis plusieurs années, ne prévoyait pas cette nouvelle forme d'entrave qui est l'entrave par la pression psychologique, par la divulgation d'informations complètement erronées, par une stratégie internet très très bien construite, et qui commence par très bien référencer des sites qui désinforment et qui ensuite, d'une certaine manière, harcèle les personnes qui sont venues prendre, rechercher de l'information qu'elles pensent être objectives et qui les harcèlent, par des sms, par des relances téléphoniques, jusqu'à essayer de les dissuader d'interrompre une grossesse non désirée. Donc, il faut actualiser notre arsenal législatif, le moderniser pour prendre en compte cette nouvelle réalité de ces commandos anti-IVG numériques.

Vous parlez de référencement sur internet, pensez-vous que les moteurs de recherche soient en partie responsables ?

Non, pas particulièrement des moteurs de recherche. Mais, encore une fois, il y a une stratégie qui combine et le référencement – vous savez qu'on peut acheter un référencement pour être en première occurrence sur un moteur de recherche – et le suivi, le traçage, le rappel des personnes qui viennent chercher des informations. C'est cette nouvelle réalité qu'il faut combattre et en aucun cas, évidemment, cette disposition ne porte atteinte à la liberté d'expression. Encore une fois, la liberté d'expression existe et est garantie par la Constitution. Mais comme l'a dit Laurence Rossignol ce (ndlr : jeudi 1er décembre) matin, la liberté d'expression, ce n'est pas la liberté de mentir, ni la liberté de manipuler.

Le mouvement anti-IVG n'est pas nouveau, pourquoi l'enjeu est-il si sensible et si important aujourd'hui ?

Parce que malheureusement on voit qu'il y a une vague réactionnaire et néo-conservatrice, qui vient d'ailleurs d'outre-Atlantique, mais qui est en train de nous submerger. Ça a été le cas en Espagne, en Pologne et c'est malheureusement le cas aujourd'hui en France. On l'a entendu dans l'hémicycle, il y a une manière de parler de l'avortement comme forcément d'un drame alors que le drame c'est de ne pas pouvoir choisir, quand on est une femme, le moment où on veut avoir un enfant. 

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