Inégalité des sexes : à l'adolescence, 65% des filles considèrent "qu'elles ont moins de droits que les garçons"

Une petite fille dans une cour de réacréation, lors de la rentrée scolaire, à Paris.
Une petite fille dans une cour de réacréation, lors de la rentrée scolaire, à Paris. (LUC NOBOUT / MAXPPP)

Une enquête menée par Unicef France montre que les filles se sentent "exclues" et "rejetées" des espaces publics par les garçons. Cela commence dès l'école. 

L'inégalité des sexes s'installe dès l'enfance, selon une enquête d’Unicef France, publiée jeudi 8 novembre et réalisée auprès de 26 000 enfants et adolescents. Les filles "ont le sentiment de ne pas avoir les mêmes droits. Un sentiment qui va s'accroître au fil de l'âge. Il est déjà très fort à la préadolescence. À l'adolescence, les filles sont 65% à considérer qu'elles ont moins de droits que les garçons", a expliqué sur franceinfo jeudi Serge Paugam, sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), coauteur de l’étude.

franceinfo : Les filles se sentent-elles exclues des espaces publics ?

Serge Paugam : Oui. Dans les cours de récréation, par exemple, il y a une séparation des sexes assez radicale. Les garçons jouent d'un côté, les filles de l'autre. Les filles d'ailleurs aimeraient participer davantage aux jeux des garçons mais elles sont tout à fait rejetées. Elles ont le sentiment de ne pas avoir les mêmes droits. Un sentiment qui va s'accroître au fil de l'âge. Il est déjà très fort à la préadolescence. À l'adolescence, les filles sont 65% à considérer qu'elles ont moins de droits que les garçons. Le fait que les filles pensent que leurs droits sont inférieurs est lié au fait qu'elles doivent se contenir davantage que les garçons, faire attention, parfois même rester plus enfermées dans la sphère domestique pour éviter d'être agressées. Les inégalités commencent là, quand elles n'ont pas les mêmes droits et les mêmes libertés que les garçons.

L'école est tout particulièrement concernée ?

Il faut souligner aussi que, dans le cadre scolaire, il y a beaucoup de moqueries, beaucoup d'attaques blessantes. Les filles n'en sont pas forcément plus victimes que les garçons. On entre par la scolarité dans un monde assez agressif. À 7 ou 8 ans, on a un enfant sur deux qui dit être victime de ces moqueries et de ces attaques blessantes. On voit que ce ne sont pas n'importe quels enfants, ceux qui spécifiquement vivent dans des quartiers difficiles. Les enfants qui ont des parents au chômage sont beaucoup plus victimes des moqueries que les autres. Il y a donc des rapports sociaux tendus. Il se superpose des inégalités entre les filles et les garçons et des inégalités sociales.

La tenue vestimentaire en est-elle un symbole ?

La tenue vestimentaire est une forme de discrimination dont les filles se disent plus victimes que les garçons. A la préadolescence, les filles cherchent davantage à affirmer leur féminité. La tenue vestimentaire devient un instrument par lequel elle tentent de se valoriser. Mais dans ce jeu de démonstration, il y a des formes de discrimination et des moqueries, parfois même du harcèlement. Dans ce moment de prise d'autonomie pour les filles, elles vont aussi faire l'objet d'un harcèlement qui prend une forme sexuelle. Être touchées, interpellées sexuellement, agressées sexuellement, embrassées de force. Et les filles évidemment sont beaucoup plus victimes que les garçons de ces formes de harcèlement.

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