Haut-Rhin : pour son "année de la femme", Dannemarie parsème ses rues de silhouettes stéréotypées

Des pancartes représentant des femmes dans les rues de Dannemarie (Haut-Rhin), en juin 2017.
Des pancartes représentant des femmes dans les rues de Dannemarie (Haut-Rhin), en juin 2017. (LES EFFRONTE-E-S)

Depuis juin, cette commune du Haut-Rhin a installé des décorations pour "l'année de la femme" décrétée par le maire. Mais des associations féministes dénoncent une vision "fantasmée" des femmes.  

Lorsque le maire de Dannemarie (Haut-Rhin) a décidé de placer sa municipalité sous le thème de "l'année de la femme" en 2017, cela partait d'une bonne intention. Au cours de l'année, la municipalité a mis à l'honneur des femmes œuvrant au sein d'associations et a inauguré une rue au nom de Monique Wittig, théoricienne féministe née dans la commune, qui fut l'une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes (MLF). Mais l'initiative a déraillé en juin, avec l'installation de décorations qui ont vite suscité la polémique.

Des pancartes en contreplaqué ont ainsi été installées dans les rues. Elles représentent des femmes enceintes en robe courte et talons aiguilles, des danseuses de cabaret, des femmes aux bras chargés de sacs de shopping ou encore des bouches écarlates. L'association féministe Les Effronté-e-s s'en est émue dans un billet posté sur Facebook mercredi 19 juillet. 

Décoration dans les rues de Dannemarie pour \"l\'année de la femme\". 
Décoration dans les rues de Dannemarie pour "l'année de la femme".  (LES EFFRONTE-E-S)

"Un amas de stéréotypes" 

"On a été absolument abasourdis, lâche Fatima Benomar, une des porte-parole des Effronté-e-s. C'est quelque chose qui est censé rendre hommage à la femme, mais en fait c'est un amas de stéréotypes. On a plutôt l'impression que c'est la femme vue et fantasmée par un regard masculin." 

Pour cette militante, ces représentations ne sont pas anodines. "Il y a des femmes qui enlèvent leur maillot de bain de manière lascive, une femme couchée par terre, au bord d'un trottoir... On perçoit les femmes dans l'espace public comme des objets aguicheurs, ce qui peut inciter au harcèlement de rue." 

Cela donne une image essentialiste de 'la femme', circonscrite à l'idée de la séduction et de la coquetterie.Fatima Benomar, porte-parole des Effronté-e-sà franceinfo

Décoration dans les rues de Dannemarie pour \"l\'année de la femme\". 
Décoration dans les rues de Dannemarie pour "l'année de la femme".  (LES EFFRONTE-E-S)

"On voulait dessiner la femme dans tous ses états"

Pourtant, c'est une femme, Dominique Stroh, première adjointe au maire de Dannemarie et fleuriste de profession, qui est à l'origine de ces pancartes. Chaque année, elle s'occupe de la décoration de la ville avec son mari et d'autres bénévoles. "Ce n'était pas forcément évident de trouver de la décoration pour illustrer la femme, raconte-t-elle à franceinfo. On a cherché des images de femmes sur internet, on a reproduit leurs silhouettes et on a rajouté des accessoires en peignant dessus." 

Dominique Stroh ne comprend pas les critiques adressées à son travail. "On voulait dessiner la femme dans tous ses états, ce n'était pas plus méchant et pas plus recherché", se défend-elle, en soulignant avoir aussi installé des silhouettes de "femmes d'affaires et de femmes plus rondes". On croise aussi le chemin de fillettes en train de lire.

Décoration dans les rues de Dannemarie pour \"l\'année de la femme\". 
Décoration dans les rues de Dannemarie pour "l'année de la femme".  (DOMINIQUE STROH)

"On n'a pas voulu donner l'image de la femme idéale, et surtout pas d'une femme objet", assure-t-elle encore. Et d'enfoncer le clou :

Tout le monde n'aime pas les œuvres de Picasso, Renoir, Van Gogh, Dali... Et on n'en fait pas un plat. Les silhouettes restent dans le cadre d'une décoration saisonnière de la ville, tout simplement.Dominique Stroh, conceptrice des pancartesà franceinfo

Le maire refuse de retirer les pancartes

Même son de cloche du côté du maire, Paul Mumbach, pour qui ces illustrations "ne posent aucun problème". "On voulait illustrer les femmes telles qu'elles sont naturellement, dans leur quotidien et dans toute leur diversité", déclare-t-il à franceinfo.

L'édile s'amuse même de la polémique : "S'il y a un point sur lequel on a réussi, c'est que ça fait débattre." Hors de question de retirer ces pancartes, qui resteront donc installées jusqu'à la fin de l'été, avant de laisser place à d'autres décorations. Paul Mumbach pense déjà à celles de l'année prochaine. "Mon problème maintenant, c'est de réfléchir au thème que je vais décréter pour 2018, parce que là, j'ai mis la barre haut, reconnaît-il. Peut-être l'année de l'homme !"