Salle de shoot à Paris : les élus s'écharpent, les riverains s'inquiètent

Un héroïnomane prépare sa dose dans une salle de shoot à Berlin (Allemagne), le 5 novembre 2012.
Un héroïnomane prépare sa dose dans une salle de shoot à Berlin (Allemagne), le 5 novembre 2012. (JOHANNES EISELE / AFP)

Après l'annonce de l'ouverture prochaine d'une salle de consommation de drogues expérimentale dans le 10e arrondissement de la capitale, les réactions se multiplient. 

La date n'a pas encore été fixée, mais Matignon a autorisé, mardi 5 février, l'expérimentation d'une salle de shoot à Paris. Pour l'instant interdites en France, ces lieux de consommation encadrée sont destinés aux toxicomanes de rue, précarisés et en rupture. La première devrait ouvrir dans le 10e arrondissement de la capitale, près de la gare du Nord. Riverains et élus ont vivement réagi.

Les habitants du quartier s'inquiètent 

Qui dit drogués dit dealers : nombre d'habitants de cette partie du 10e arrondissement craignent une dégradation de la sécurité autour du lieu d'expérimentation. A l'image de Jean-Claude Aron, président d'une association de quartier interviewé par RTL"Ça va rassembler tous les drogués dans un seul endroit", ce qui va entraîner "un rassemblement de dealers, avec nos enfants pas très loin". 

De son côté Le Figaro a croisé Jean, également riverain de la gare du Nord, ironique et amer : "Superbe idée, ce sont les commerçants et les habitants qui vont être contents de voir toute une 'faune' envahir le quartier et de croiser le matin ces personnes en mal de leur poudre quotidienne." 

Dans Le Parisien,  Pierre Coulogner, président de l''association Vivre gares du Nord et Est, "la salle de shoot va générer un appel d'air pour les drogués des autres quartiers".

 La gauche salue une décision que la droite fustige

"Si un drogué fait une overdose et meurt dans une salle de shoot, qui est responsable ? C'est l'Etat. Si un drogué sort de la salle de shoot et commet un crime ou un délit, qui est responsable ? C'est l'Etat", a martelé le député UMP de Paris et médecin, Bernard Debré, sur Europe 1

"Pour un projet porté soi-disant haut et fort par la municipalité, les agissements se font dans le secret et l'opacité (...) Il n'y a eu ni réflexion ni pédagogie, encore moins de débat", dénonce, dans Le Figaro, Serge Federbusch, élu UMP du Xe arrondissement de Paris. 

Henri Guaino, député UMP des Yvelines, a, lui, dénoncé une "incitation à violer la loi", "une défaite morale de plus". 

Francetv info

De son côté, Bruno Le Roux, le patron des députés PS, s'est dit "très attentif" à "une expérimentation qui, dans d'autres pays, a donné des résultats qu'il serait bien de pouvoir observer". Pour lui, elle ne "mérite aucune caricature et vise à résoudre aujourd'hui des problèmes qui se posent très concrètement dans notre pays".

 Les professionnels partagés

"C'est une très bonne nouvelle, on va se mettre au travail", s'est réjoui Thierry Brigaud, le président de Médecins du monde (MDM) qui travaille sur le projet de Gaïa Paris. Il ne doute pas que "l'expérience va être concluante".

En revanche, dans Le Parisien, Jean-Pierre Couteron, président de Fédération addiction, est partagé : "Satisfaction, parce que ça va se faire. Inquiétude que l'expérimentation ne porte que sur un seul lieu", sur lequel va peser "une énorme pression".

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