Bien-être des jeunes : "L'écart se creuse entre les adolescents qui vont bien et ceux qui ressentent un mal-être"

Selon l\'étude, les adolescents français se sentent majoritairement bien.
Selon l'étude, les adolescents français se sentent majoritairement bien. (ALEX BAILLAUD / MAXPPP)

Health Behaviour in School-aged Children publie vendredi une enquête consacrée aux adolescents d'aujourd'hui, âgés de 11 à 15 ans. Selon le document, la majorité d'entre eux se sentent bien, mais l'écart se creuse avec ceux qui ressentent un mal-être.

L'organisation internationale Health Behaviour in School-aged Children publie, vendredi 23 décembre, un sondage consacré aux adolescents. Il aborde leur santé physique et mentale, leur sexualité, leur rapport à l’école et au corps. Le volet français est disponible sur le site de Santé publique France, l’agence nationale chargée de la veille et de la prévention en matière de santé

Concernant le bien-être des jeunes pendant leur adolescence, Jean Chambry, pédopsychiatre au Centre inter-hospitalier d’accueil permanent pour adolescents à Paris (CIAPA) a estimé sur franceinfo que la majorité "va bien" et s'est préparée à cette période. En revanche, il s'inquiète pour la petite partie qui ressent un mal-être.

franceinfo : L’enquête montre une différence de bien-être entre filles et garçons. Cela vous étonne-t-il ?

Jean Chambry : L'enquête est menée avec des auto-questionnaires. Les filles ont davantage l’habitude de parler de leurs émotions et de leurs doutes par rapport aux garçons. Elles se posent plus de questions.

Il y a aussi un effet de l'âge. À 11 ans, une fille fait preuve d'une plus grande maturité qu'un garçon. Les filles ont plus de doute sur leur corps, alors que les garçons vont être dans l’agir puis réfléchir dans un second temps, sans se poser la question du bien-être.

Les adolescents semblent avoir une vision assez positive de leur vie et de leur avenir. Qu'est-ce que cela révèle selon vous ?

Il faut modifier les représentations de l’adolescence. Beaucoup de parents imaginent cette période comme un drame avec des troubles du comportement majeurs et une rupture avec le fonctionnement antérieur. En réalité, la majorité des adolescents se sont préparés à cette période et ils s’adaptent aux nouvelles conditions de vie.

En revanche, il y a un petit pourcentage d’adolescents qui va mal. L’écart se creuse entre la majorité, qui va globalement bien, et ce petit pourcentage en mal-être. Ces adolescents se sentent vraiment plus mal qu'avant. Chez eux, il y a une aggravation de la destructivité, ils font preuve de comportements plus risqués.

Ils peuvent aussi se trouver en proie à une dépression et faire face à un vécu très dévalorisé d’eux-mêmes. Ils ont le sentiment de ne pas trouver leur place dans cette société, de ne pas pouvoir répondre aux idéaux de performance et de compétence.

L'étude révèle aussi des problèmes de sommeil chez les adolescents, est-ce inquiétant ?

Plus d’un ado sur quatre a en effet du mal à s’endormir. Cela est lié à une certaine angoisse. Ils ont du mal à répondre à tout ce qu’on attend d’eux, notamment à l’école.

Les tablettes et les smartphones jouent également leur rôle. Ils consomment en moyenne huit heures d’écran cumulées par jour, c’est énorme. Les adolescents qui vont bien arrivent à gérer ces nouveaux modes de communication mais les plus fragiles peuvent parfois s’étourdir et s’enfermer dans ces images permanentes, cela peut avoir un impact sur leur créativité.

"Un petit pourcentage d'adolescents va vraiment mal" estime le pédopsychiatre Jean Chambry
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