Attentat de Nice : Alexandre raconte comment il a essayé d'arrêter le camion, "c'était instinctif"

(Le camion utilisé par Mohamed Lahouaiej Bouhlel sur la Promenade des Anglais à Nice © AFP / Valery Hache)

Jeudi soir, Alexandre voit le camion surgir sur la Promenade des Anglais et renverser des piétons. Il tente alors d'arrêter le véhicule et se fait braquer par le terroriste.

Les images défilent dans les yeux bleus d'Alexandre. Jeudi soir à Nice, ce grutier qui souhaite garder l'anonymat, rentre seul. Arrivée sur la Promenade des Anglais, il assiste au premier mouvement de panique et fait le lien avec le camion de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Il lâche alors son vélo pour courir après le véhicule et tente même d'ouvrir la portière. Un acte qui a pu ralentir la progression mortelle. 

" J'ai pris mon vélo et j'ai vu pas mal de gens courir dans tous les sens et un camion surgir. J'ai vu une dame se faire renverser. J'ai jeté mon vélo et j'ai essayé de courir après le camion. Il n'allait pas très vite à ce moment-là, donc j'ai réussi à rattraper la cabine et j'ai essayé deux, trois fois de l'ouvrir. Je sais pas pourquoi, c'était instinctif. C'est à ce moment-là qu'il m'a braqué avec un pistolet en me faisant comprendre que si je ne lâchais pas, j'allais me prendre une balle."

Alexandre à Nice : " J'ai vu une dame se faire renverser. J'ai jeté mon vélo et j'ai essayé de courir après le camion." - un témoignage recueilli par Lauriane Delanoë de France Bleu Azur
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Pour survivre, le témoin abandonne le camion. Son obsession est de fuir et rentrer chez lui à l'ouest de Nice. Mais pour ça, il doit remonter le cimetière tracé par le camion.

" Ce qui me revient, c'est une dame qui criait 'ils ont tué mes enfants, ils ont tué mes enfants'. L'image du garçon qui me regarde dans les yeux et, à la fin, une poupée par terre avec une poussette complètement écrasée. "

Les hurlements résonnent dans le sommeil fragile d'Alexandre. Le jour, en haut de sa grue, il parvient à se couper un peu des événements. Alexandre se raccroche à la certitude d'avoir pu sauver des vies sur la Promenade.

" Le lendemain, j'y suis retourné et j'ai vu que du moment où on a commencé à essayer d'arrêter le camion avec le garçon du scooter et avec la police qui a tiré, sur 150m, il n'y a pas eu de victimes. Ils ont peut-être eu le temps de voir arriver le camion. Je pense qu'on a peut-être contribué à sauver quelques vies en le ralentissant. "

Ce qui le réconforte, c'est aussi que l'homme au scooter s'en est sorti. Pour les autres, les 84 victimes, Alexandre se recueille quatre fois par jour sur la Promenade des Anglais. Mais il lui faudra du temps avant d'y rouler en voiture.

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