Sentiment d'insécurité dans la communauté juive de France : "On en a marre, on a envie de vivre en toute tranquillité"

Albert Elharrar, président de la communauté juive de Créteil, le 17 décembre 2010.
Albert Elharrar, président de la communauté juive de Créteil, le 17 décembre 2010. (PHILIPPE HUYNH-MINH / MAXPPP)

Après l'agression de l'académicien Alain Finkielkraut et avant un rassemblement contre l'antisémitisme à Paris mardi, reportage à Créteil où un sentiment d'insécurité grandit au sein de la communauté juive.

Un grand rassemblement contre l'antisémitisme est organisé mardi 19 février à 19 heures à Paris, tout comme plusieurs autres villes françaises. Une manifestation qui fait suite aux insultes antisémites dont a été victime le philosophe Alain Finkielkraut le samedi précédent, lors de la manifestation des "gilets jaunes", et alors que les actes antisémites enregistrés en 2018 sont en forte hausse selon le ministère de l'Intérieur. Une grande partie de la classe politique sera représentée. Le Premier ministre Édouard Philippe sera notamment présent. Pourtant, la communauté juive reste sceptique quant à l'efficacité de ce rassemblement.

Un sentiment d'insécurité croissant

C'est le cas à Créteil, où vivent 19 000 juifs. Là, les locaux de la maison communautaire, où se trouvent une école et trois synagogues, sont ultra sécurisés : une caméra pour filmer le visiteur, un sas entre deux portes métalliques, des barreaux. "J'ai pris conscience qu'elle était complètement barricadée, alors qu'il y a peut-être dix ans, c'était un simple grillage avec des cyprès", explique Albert Elharrar, président de cette communauté. Depuis les attentats de 2012 puis de 2015, les mesures de sécurité ont été particulièrement renforcées. Dans le même temps, les actes antisémites augmentent. " 'Sale juif, retourne chez toi', énumère Albert Elharrar, on en a marre, on a envie de vivre en toute tranquillité comme on l'a toujours fait dans ce beau pays".

L'envie de quitter la France pour Israël

Un peu plus loin, dans le quartier du port de Créteil où vit une grande partie de la communauté juive, Rachel boit un café à la boulangerie Simon. "Il y a trente ans, je venais, il y avait plein de restaurants juifs. Maintenant, il ne reste plus qu'un restaurant", déplore-t-elle. Depuis quelques temps, elle se demande si elle ne va pas quitter la France : faire son alyah.

C'est malheureux à dire mais je ne vois pas l'avenir pour les enfants ici. Dieu merci, nous avons notre pays maintenant, Israël (...) là où on peut passer dans la rue avec une kippa sans avoir peur qu'ils se fassent agresserRachelà franceinfo

Dehors, Lisa surveille sa fille qui joue avec des petits garçons, certains portent une kippa. Même si elle n'a jamais été agressée, elle n'est pas tranquille. "Même quand on est tout seul, on est très vigilant, on regarde devant, derrière, sur les côtés. Et on transmet ça aux enfants qui, eux aussi, sont inquiets". Elle se dit habituée aux insultes et pas convaincue par le rassemblement parisien de mardi. "Ça fait combien de manifestations ? Ilan Halimi, Mireille Knoll et d'autres, et la liste s'allonge. Ce n'est pas une manifestation qui va faire changer les choses", estime Lisa.

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