VIDEO. Quand la police de Monaco manifeste contre un juge qui enquête sur la corruption

C'est une première dans la principauté : les forces de l'ordre monégasques encerclent le palais de justice et applaudissent des policiers inculpés de corruption… La scène se passe le 8 novembre 2018. Elle va marquer un tournant dans l'enquête du juge français Edouard Levrault – dont les investigations ont révélé un "Monacogate", l'affaire Rybolovlev. Extrait de "Pièces à conviction" du 10 juin 2020.

Deux cents policiers qui encerclent le palais de justice et applaudissent leurs collègues inculpés de corruption… La scène se passe à Monaco, le 8 novembre 2018. Cette manifestation policière est une première dans la principauté : en même temps que son soutien aux inculpés, le personnel de la Sûreté publique presque au complet exprime bruyamment son désaccord au juge qui est en train de mener ses interrogatoires.

Depuis deux ans, Edouard Levrault, juge d'instruction détaché par la France sur le Rocher, enquête sur des faits de corruption présumée au sein du pouvoir monégasque. En septembre 2017, les premières révélations sur un "Monacogate" impliquant le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev (installé dans la principauté et propriétaire de l'AS Monaco) ont fait la une du quotidien Le Monde.

Le juge Levrault enquête sur de possibles relations personnelles entre l'homme d'affaires et certains responsables de la police monégasque. C'est pour en savoir plus qu'il a convoqué, ce 8 novembre 2018, huit policiers dans son bureau. Les échanges sont tendus. Un commissaire a mis le juge en garde : il devra "personnellement assumer la responsabilité" du "scandale judiciaire" qu'il est en train d'engendrer… A l'extérieur, la clameur enfle… 

Une manifestation orchestrée en haut lieu ?

Pour "Pièces à conviction", le journaliste Pascal Henry a rencontré Frank Michel, qui était présent sur place. Ancien avocat du syndicat des policiers monégasques, il a interrogé certains d'entre eux : selon lui, ce serait la direction de la force publique qui, par l'intermédiaire du syndicat, les aurait appelés à manifester pour intimider le juge d'instruction. Une manifestation sur ordre, orchestrée en haut lieu ? En tout cas, une démonstration "parfaitement inadmissible, et pour le moins incongrue", estime le juge Levrault.

Le lendemain, le quotidien local Monaco Matin reprenait en une la réaction du ministre de l'Intérieur monégasque Patrice Cellario. "L'émotion est évidemment compréhensible", jugeait-il, loin d'envisager une quelconque sanction. Un point de non-retour était atteint entre les autorités monégasques et le juge Levrault, de plus en plus isolé… En août 2019, son mandat n'a pas été renouvelé. Indésirable dans la principauté, il a dû rentrer en France.

Extrait de "Scandales à Monaco : les révélations d’un juge", une enquête à voir dans "Pièces à conviction" le 10 juin 2020.

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