"Le syndicalisme des magistrats désigné comme 'mal', cela me fait peur"

Première session de l\'année du tribunal de grande instance de Paris, le 16 janvier 2013.
Première session de l'année du tribunal de grande instance de Paris, le 16 janvier 2013. (WITT/SIPA)

Après la mise en examen de Nicolas Sarkozy, des élus UMP réclament l'interdiction pour les juges d'appartenir à un syndicat. La réaction d'Emmanuel Poinas, secrétaire général de FO-magistrats.

"Je pense que le syndicalisme est devenu un des plus grands maux de la magistrature. (...) Il faut l'interdire." Dans les pas de Nicolas Sarkozy, qui a chargé "ces deux dames" juges d'instruction qui l'ont mis en examen dans l'affaire des écoutes, Henri Guaino et quelques élus UMP demandent l'interdiction de la syndicalisation pour les magistrats.

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Francetv info a interviewé Emmanuel Poinas, secrétaire général de FO-magistrats, qui précise que son organisation est "apolitique" et "prend des positions techniques".

Francetv info : Le syndicalisme est-il le "mal" de la magistrature, comme le prétendent certains élus UMP ?  

Emmanuel Poinas : Le syndicalisme est avant tout une liberté constitutionnelle, offerte aux magistrats au même titre qu'à tous les autres citoyens. Quant à son interdiction, je demanderais à ceux qui la réclament de bien réfléchir à tout ce que le syndicalisme a apporté à notre pays, à toutes les conquêtes sociales qu'il a permises. Le syndicalisme désigné comme "mal", cela me fait peur. Même si cette liberté fondamentale peut, comme toutes les libertés, être susceptible d'abus. 

Ces élus UMP accusent les magistrats syndiqués de ne pas être impartiaux.

Le fait syndical n'est pas un problème. Dans des pays où il n'y a pas de syndicat de magistrats, la justice ne fonctionne pas différemment. 

Qu'il y ait des décisions de justice qui ne plaisent pas aux justiciables et le fait qu'elles soient rendues par des magistrats syndiqués ne sont pas des questions liées. Une décision de justice peut être critiquée sous l'angle du droit, mais pas sous l'angle de l'appartenance syndicale de la personne qui l'a rendue. Ou alors, il faut démontrer le lien. Pour l'instant, personne n'a prouvé de lien entre une décision de justice et les idées politiques de celui qui l'a rendu. C'est exactement comme la présomption d'innocence, le magistrat est présumé impartial.

En quoi les syndicats sont-ils utiles aux magistrats ?

Ils servent à les défendre au quotidien, à améliorer leurs conditions de travail. Je sors d'une réunion pour aider un juge d'instruction. Sans organisation syndicale, il ne pourrait pas se défendre, ni contester son évaluation, qui demande le retrait d'une partie de ses fonctions.

Les magistrats ne connaissent pas forcément leurs droits, la manière de se défendre, ni le fonctionnement de l'administration. Et s'occuper de tout cela leur prendrait du temps, qui serait soustrait à celui qu'ils passent à s'occuper des justiciables. Le syndicalisme aide à faire en sorte que le système judiciaire fonctionne bien.

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