Michel Neyret : "Je regarde la société en face, dans les yeux, et ,très franchement, je ne détourne pas les yeux"

Virginie Salanson et Véronique Pueyo ont rencontré Michel Neyret pour France Bleu isère
Virginie Salanson et Véronique Pueyo ont rencontré Michel Neyret pour France Bleu isère (Radio France - Virginie Salanson)

"Je ne nie pas m'être laissé un peu séduire par ce mode de vie un peu facile et par certaines manifestations de luxe," s'est confié Michel Neyret, ancien numéro deux de la PJ lyonnaise. L'auteur de Flic déclare assumer sa condamnation.

A l'occasion de la sortie de son livre Flic (Plon), Michel Neyret a accordé un entretien à France Bleu Isère. L'ancien numéro deux de la PJ lyonnaise y raconte sa nouvelle vie depuis sa condamnation en juillet à 30 mois de prison ferme pour "trafic d'influence et corruption". En attendant son second procès, il passe ses journées à aider sa femme à tenir son hôtel situé à Estrablin, dans le nord du département isérois.

"Je ne nie pas m'être laissé un peu séduire par ce mode de vie un peu facile et par certaines manifestations de luxe. Je l'ai reconnu. J'assume ma condamnation. J'ai payé", a raconté Michel Neyret ajoutant que "ça fait cinq ans que ma vie est entre parenthèses et je continue de payer mes erreurs". L'ancien grand flic a ajouté vivre "sa vie d'une manière différente, mais, dans tous les cas, je me regarde en face dans la glace. Je regarde même la société en face, dans les yeux, et, très franchement, je ne détourne pas les yeux".

franceinfo : Comment allez-vous aujourd'hui ?

Michel Neyret : Pas trop mal. J'ai appris avec mon expérience que les deux paramètres essentiels dans une vie étaient la santé et la liberté. Aujourd'hui, j'ai les deux. La liberté, on ne maîtrise pas le bien précieux qu'elle représente tant que l'on en a pas été privé. Cela a été mon cas durant 232 jours.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J'ai voulu mettre en perspective 33 ans de ma vie de policier. Trente deux ans de gestion d'informateurs que j'ai totalement maîtrisés et six mois de gestion de personnes pour lesquelles j'ai un peu dérivé. Six mois durant lesquels je n'ai pas respecté les règles de prudence et de lucidité qui étaient les miennes jusqu'à présent. Dans mon esprit, je croyais entretenir une relation de policier à informateur avec Gilles Bénichou et Stephane Alzraa. Mais, en réalité, je me suis fait manipuler. Je ne nie pas m'être laissé un peu séduire par ce mode de vie un peu facile et par certaines manifestations de luxe. Je l'ai reconnu. J'assume ma condamnation. J'ai payé. J'ai fait huit mois de prison. Ça fait cinq ans que ma vie est entre parenthèses et je continue de payer mes erreurs.

Cette relation a duré plus de six mois. Vous comprenez que cela peut paraître long ?

J'ai parfois mis plus de six mois avant d'obtenir des informations concrètes et efficaces. J'ai fait sortir de prison à plusieurs reprises des personnes avec lesquelles j'avais lié des relations d'informateurs. Si, au bout de six mois, le juge m'avait contacté pour me demander ce que j'avais appris, je lui aurais dit que je n'avais aucune information et que l'on aurait pu être victimes d'une escroquerie. Mais s'il m'avait posé la question 10 ans plus tard, je lui aurais sorti un dossier qui aurait été riche d'une dizaine d'affaires de grand banditisme. La relation avec un informateur, c'est une affaire de temps et le temps crée des liens personnels, affectifs.

Vous continuez de penser que cette relation est essentielle ?

J'ai vécu toute ma vie de policier dans le culte du renseignement et de l'informateur. Je suis intimement convaincu que, sans les informateurs, les affaires de grand banditisme ne peuvent pas sortir. Ce n'est pas la police technique qui peut faire sortir ce genre de dossiers. Elle peut apporter une orientation. Mais, pour travailler sur ces individus qui ont une surface financière très importante, qui font échec aux méthodes de la police, l'informateur c'est la clé qui permet de déverrouiller beaucoup de difficultés. L'informateur c'est la base.

C'est un informateur qui vous a fait connaître la descente aux enfers. Comment, quand on a été adulé, arrive t-on à s'en sortir ?

On ne sort pas de la prison totalement indemne. On est un peu déchiré. Après, c'est une question de mentalité personnelle. J'ai vécu dans ma vie des épreuves beaucoup plus difficiles. L'épreuve ultime c'est la mort. J'ai vécu celle de mes parents et de mon frère. Ça m'a rendu très fort. Ça m'a permis de passer cette période. J'ai souvent pensé à mes parents en prison en me disant que ce n'était pas une fin et que j'allais m'en sortir quelques temps plus tard. J'ai pris beaucoup de recul, j'ai tourné la page. Je vis ma vie d'une manière différente mais, dans tous les cas, je me regarde en face dans la glace. Je regarde même la société en face, dans les yeux et, très franchement, je ne détourne pas les yeux.

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