50 ans après Mai 68, les nouveaux combats de l'émancipation : Ensaf milite pour la libération de son mari, le Saoudien Raif Badawi

FRANCEINFO

Ils n'ont pas fait Mai 68, cinquante ans plus tard, ils vont faire 2018. Chaque jeudi, franceinfo met en avant un combat, un visage, une voix. Deuxième épisode, la bataille menée par la Saoudienne Ensaf Haidar pour obtenir la libération de son mari, Raif Badawi, emprisonné en Arabie saoudite pour ses prises de positions en faveur de la liberté dans son pays

Rien ne prédestinait Ensaf Haidar, née en 1975, à devenir cette femme militante, cette présidente de la Fondation Raif Badawi pour la liberté qui parcourt le monde pour tenter de sauver son mari emprisonné en Arabie saoudite. Rien n'était écrit, sinon peut être les caprices du destin enveloppés dans le magique qui entoure les histoires d'amour. 

Ensaf Haidar, femme d'un blogueur emprisonné en Arabie Saoudite : un portrait signé Nathanaël Charbonnier
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C'est ainsi que cette petite femme aux yeux décidés et à la voix maîtrisée a troqué son voile de femme saoudienne contre celui des Droits de l'homme, alors qu'elle s'imaginait plutôt revêtir l'une des robes de princesses que l'on trouve dans les contes des Mille et Une Nuits. "J'avais toujours quelqu'un pour faire les choses à ma place, quelqu'un qui était là pour me protéger, pour faire les choses en mon nom, se souvient Ensaf Haidar. Donc, forcément, je n'ai jamais été au centre de situations difficiles."

Condamné à 1 000 coups de fouets

Mais il est des rêves qui se transforment en cauchemar. Ensaf Haidar l'a vite compris en suivant la descente aux enfers de son mari, Raif Badawi. C'était en 2012, lorsque ce dernier se retrouve emprisonné pour 10 ans à cause de son blog Free Saudi Liberals et condamné à recevoir 1 000 coups de fouet pour insulte à l'islam (il en a déjà reçu 50, en public, les autres sont suspendus pour l'instant pour raisons médicales). La prise de conscience sera violente et la fuite inespérée : Ensaf Haidar se retrouve au Liban puis en Égypte, mais c'est finalement au Canada qu'elle trouve refuge avec ses trois enfants.

Depuis, elle lance toutes ses forces dans une course contre la mort et contre l'injustice d'une société saoudienne qu'elle juge insupportable. "La famille est sous la domination de la société. C'est la société qui dicte les normes et la famille suit. La préoccupation centrale, c'est donc la situation de la société en tant que telle, parce que c'est elle qui dicte comment se comporter."

La clé va venir du changement social, c'est-à-dire de la façon dont cette société-là va s'ouvrir au monde et se mettre à vivre au diapason avec son époque.

Ensaf Haidar, militante saoudienne

à franceinfo

La Saoudienne Ensaf Haidar, ici en janvier 2018 à Paris, se bat pour faire libérer son mari emprisonné en Arabie Saoudite.
La Saoudienne Ensaf Haidar, ici en janvier 2018 à Paris, se bat pour faire libérer son mari emprisonné en Arabie Saoudite. (NATHANAËL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

Son allié : le prince héritier

Étrangement, Ensaf Haidar a trouvé comme allié Mohammed ben Salmane Al Saoud, 32 ans, prince héritier d'Arabie saoudite. Ce dernier se présente en Occident comme celui qui veut changer la société saoudienne et qui défend les mêmes idées que celles avancées par Raif Badawi. Pour la militante, c'est un signe d'espoir "puisque aujourd'hui, concrètement, dans la réalité, il est question de ces sujets-là".

Les réformes proposées, Raif les proposait déjà il y a très longtemps. On a donc un grand espoir aujourd'hui qu'il soit libéré.

Ensaf Haidar, militante saoudienne

à franceinfo

Autre espoir pour la jeune femme qui sillonne le monde pour sensibiliser l'opinion publique à sa cause : Emmanuel Macron. Elle aimerait que le président de la République s'empare du sujet. Après tout, le prince héritier d'Arabie Saoudite n'est-il pas un ami de la France ? Les deux hommes se sont déjà rencontrés en novembre 2017.

En février 2015, les eurodéputés ont adopté une résolution condamnant fermement la flagellation de Raif Badawi et évoquant "un acte de cruauté révoltant". En décembre de la même année, Ensaf Haidar a reçu au nom de son mari le prix Sakharov, décerné par le Parlement européen pour récompenser les défenseurs des Droits de l'homme. Raif Badawi a reçu de nombreuses autres récompenses de plusieurs pays.

>> Retrouvez la série "Sous les pavés 2018, les nouveaux combats", en intégralité, tous les jeudis à 22h10 et 23h40 sur franceinfo.

Libertés individuelles, droits des femmes, lutte contre les discriminations, rejet de toute forme d’exclusion, protection de l’enfance... Cinquante ans après Mai 68, le plus important mouvement de contestation politique, sociale et culturelle de l’histoire récente française, franceinfo donne la parole, chaque jeudi, à celles et ceux qui portent les nouveaux combats de l'émancipation et des libertés.

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