Pourquoi cherchons-nous de la vie ailleurs ?

Aperçu de l\'illustration placée dans les sondes Pioneer 10 et 11. L\'image était destinée à d\'éventuels extraterrestres intelligents. Elle représente un homme et une femme nus, et plusieurs symboles qui renseignent sur l\'origine des sondes.
Aperçu de l'illustration placée dans les sondes Pioneer 10 et 11. L'image était destinée à d'éventuels extraterrestres intelligents. Elle représente un homme et une femme nus, et plusieurs symboles qui renseignent sur l'origine des sondes. (AP / SIPA)

Pour quelles raisons cette quête fascine-t-elle autant ? Francetv info en a identifié trois.

Un an que Mars Curiosity sillonne la planète rouge pour d'en percer les mystères. Derrière ces investissements colossaux se cachent l'espoir de déceler une forme de vie extraterrestre. D'autres pistes sont lancées : les découvertes de planètes situées hors de notre système solaire se multiplient. Mais aucune forme de vie, même microscopique, n’a encore été trouvée non plus sur ces planètes extrasolaires, les exoplanètes. Toujours est-il que cette quête continue d’alimenter les fantasmes les plus fous. Francetv info a identifié trois principales raisons pour lesquelles ce sujet demeure si exaltant.

1Savoir si la Terre est une exception

Sommes-nous les seuls êtres vivants dans l’univers ? C’est peut-être l'une des plus grandes interrogations de l'histoire de l'humanité. "Une question existentielle", remarque auprès de francetv info Jean-Loup Bertaux, directeur de recherche émérite au laboratoire Atmosphères, milieux, observations spatiales du CNRS.

Avec la découverte d’une quelconque forme de vie extraterrestre, la Terre perdrait son statut actuel de seul berceau de la vie connu. En effet, pour l’instant, notre planète fait figure d’exception. Mercure, Mars et Vénus, trois planètes considérées comme des cousines de la Terre, n’ont pas connu la même évolution alors qu’à l’origine, elles ont connu des conditions initiales similaires.

Vue conceptuelle montrant les quatre planètes rocheuses de notre système solaire. La plus grosse est la Terre (D), ensuite vient Vénus (au dernier plan), puis Mars et, au premier plan, Mercure.
Vue conceptuelle montrant les quatre planètes rocheuses de notre système solaire. La plus grosse est la Terre (D), ensuite vient Vénus (au dernier plan), puis Mars et, au premier plan, Mercure. (MARK GARLICK / MGA / AFP)
 

"Découvrir de la vie sur une autre planète serait une nouvelle révolution copernicienne, explique à francetv info Christophe Malaterre, philosophe des sciences, qui a participé au livre De l’inerte au vivant. L’homme s’est toujours cru au centre de l’univers. Mais au fur et à mesure des découvertes et des siècles, il s’est rendu compte que ce n’était pas le cas. Découvrir de la vie sur une autre planète serait une étape supplémentaire, et importante."

En effet, dans l’Antiquité, les hommes pensaient que la Terre était le centre de l’univers. Puis ils ont cru que le soleil était en son centre. Puis ils ont réalisé que la Terre n'était qu’une partie d’un système solaire, qui lui-même était situé dans la banlieue d’une galaxie, qui elle-même n’en était qu’une parmi tant d’autres.

Infographie de la Nasa resituant notre soleil, et donc notre système solaire dans notre galaxie, la Voie lactée.
Infographie de la Nasa resituant notre soleil, et donc notre système solaire dans notre galaxie, la Voie lactée. (DB NASA / AFP)

Reste que la quête d’une vie extrasolaire n’est pas uniquement motivée par des considérations existentielles. Selon Christophe Malaterre, “le bien-fondé des recherches scientifiques se trouve ailleurs (...). La science cherche des raisons matérialistes à des questions matérialistes."

2Eclairer nos origines

Rechercher de la vie ailleurs, comme sur Mars, nous est utile car la planète rouge offre des conditions proches de celles que la Terre connaissait il y a quelques milliards d’années, lorsque les premières formes de vie y sont apparues. Autrement dit, s’intéresser à la vie extraterrestre sert avant tout à mieux comprendre la nôtre.

En effet, faute d’avoir pu l’étudier ailleurs, l’homme s’est penché sur la vie qu’il pouvait observer. Il l’a examinée, classifiée, disséquée. Mais les conditions dans lesquelles elle est apparue sur Terre demeurent mystérieuses. “L’abiogenèse, c’est-à-dire la génération de la vie à partir de la matière non vivante, est encore floue”, relève Louis d’Hendecourt, astrochimiste et directeur de recherche au CNRS, qui a participé au livre De l’inerte au vivant.

Le chercheur indique à francetv info que deux principales hypothèses se dégagent. D’un côté, il y a celle d’une vie amenée sur Terre grâce à des corps célestes : "Les météorites auraient apporté sur les planètes telluriques [c’est-à-dire rocheuses, comme la Terre] eau et matière organique complexe : des acides aminés, essentiels à la vie", détaille le scientifique. De l’autre, il y a celle de l’océan de magma qui s’est formé lors de la formation du manteau terrestre. Cette masse de roche en fusion aurait piégé du carbone, de l’oxygène, de l’azote, et peut-être de l’eau, détaille Louis d’Hendecourt. Ces éléments auraient ensuite été libérés grâce aux volcans et aux sources hydrothermales. Ils auraient alors permis les processus de chimie organique nécessaires à la vie.

Si nous avions un jour la possibilité d’étudier une forme de vie extraterrestre, elle donnerait déjà un premier point de comparaison avec la nôtre. Est-elle apparue dans un milieu semblable à la Terre ? Et si ce n’est pas le cas, comment s’organise-t-elle ? Autant de questions qui restent en suspens et dont les réponses sont difficilement imaginables.

3Savoir si le vivant peut exister sous d'autres formes

Pour l’instant, la vie sur Terre basée sur l’ADN est l’unique modèle que nous connaissons. "Et malgré l’importante diversité des espèces et des bactéries, il y a sur notre planète une très grande unicité de la vie", souligne Louis d’Hendecourt. En effet, il remarque que les éléments constitutifs de la vie telle que nous la connaissons sont principalement fondés sur six atomes : l'hydrogène, l'oxygène, le carbone, le potassium, l'azote et le phosphore.

Nous n’avons pas encore observé d’autres types de vie. Il serait alors éclairant d’en étudier sur d'autres planètes pour les comparer à celle que nous connaissons sur la nôtre. "S'intéresser à d'autres planètes pour y étudier la vie, c'est important, pour la même raison qu'en médecine, on étudie d'autres animaux pour mieux comprendre l'homme", avait expliqué le planétologue François Forget, directeur de recherches au CNRS, à francetv info.

C’est ce qu’entend faire l’exobiologie, récente discipline qui avance grâce au travail collaboratif de nombreuses disciplines comme l’astrophysique, l’astronomie, la planétologie, la biologie, la chimie... Ainsi, ces chercheurs tentent d’imaginer à quoi pourraient ressembler des êtres vivants fondés sur des éléments différents des nôtres.

Par exemple, ils ont émis l’hypothèse d’une forme de vie basée sur le silicium et non pas sur le carbone. Mais il y a, selon eux, un problème de taille : "La silice, autrement dit le sable, doit être chauffée à plus de 1 500 degrés pour être liquide, état indispensable pour que la vie se forme et qu’elle évolue, explique Louis d’Hendecourt à francetv info. Or la vie ne peut apparaître à une température aussi élevée." Le problème est semblable si l’on cherche à imaginer un solvant différent de l’eau. L’ammoniac est un élément qui pourrait théoriquement la remplacer. "Mais il est très instable et il n’est à l’état liquide qu’à des températures négatives. Une température trop basse pour que la vie puisse se développer", poursuit le spécialiste, qui conclut : "L’idée d’avoir des phénomènes totalement différents, je n’y crois pas."

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