Espagne : le tombeau très encombrant de Franco

Le gouvernement espagnol souhaite exhumer les restes de l'ancien dictateur Franco, mais ses descendants s'y opposent. Le mausolée du général est situé à une cinquantaine de kilomètres de Madrid.

Le dictateur Franco est enterré depuis 1975 dans une basilique à 55 kilomètres de Madrid, El Valle de Los Caidos, "la Vallée de ceux qui sont tombés". L'imposant mausolée domine la vallée à 50 kilomètres de Madrid et il est impossible d'ignorer sa croix géante, à 150 mètres de haut. Le général Franco a passé 36 ans à la tête de l'Espagne après une guerre civile qui a fait 500 000 morts ; une sombre page de son histoire que l'Espagne n'a jamais jugée. Des Espagnols viennent voir le tombeau de Franco, certains sont des défenseurs du franquisme et s'opposent à l'exhumation du général décidée par le gouvernement. "Aux jeunes qui n'ont pas connu Franco on dit que c'est un monstre, mais on ne leur raconte pas la vraie histoire", explique un Espagnol. Jamais la tombe de Franco n'avait été autant fleurie depuis sa mort. Ce n'est pas ce qu'avait prévu le gouvernement socialiste, dont l'objectif était de l'enterrer dans un endroit plus discret après des années de débat.

Un véritable casse-tête

Franco avait supervisé lui-même les travaux de construction dans les années 1940 et 1950. Les ouvriers étaient des prisonniers politiques condamnés aux travaux forcés et des dizaines d'entre eux sont morts sur le chantier. "C'était intolérable qu'il soit enterré d'une façon pharaonique dans un mausolée. Aucun pays qui a eu des dictatures de ce genre ne garde un monument à toute cette philosophie", explique Nicolas Sanchez Albornoz, ancien prisonnier politique. L'affaire tourne au casse-tête : les héritiers de franco, soutenus par la fondation qui défend la mémoire du général, refusent l'exhumation et prévoient d'enterrer Franco dans un caveau familial d'une cathédrale de Madrid en cas d'exhumation. La famille de Franco veut donc l'enterrer dans un quartier très touristique de Madrid, en face du palais royal. Un remède pire que le mal pour le gouvernement. Des Espagnols, consternés, ont récemment manifesté. L'exhumation devait avoir lieu l'été dernier, mais elle a été repoussée et est prévue au mois de janvier. Rien n'est encore sûr, car l'Espagne n'en a pas encore fini avec son encombrant passé.

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