L'ultime mission de Cassini avant d'être précipitée sur Saturne : "On va estimer la masse des anneaux, grande énigme scientifique"

La sonde Cassini autour de Saturne, le 15 septembre 2017.
La sonde Cassini autour de Saturne, le 15 septembre 2017. (ATLAS PHOTO ARCHIVE/JPL/NASA)

Le planétologue François Forget était l'invité de franceinfo dimanche. Il a détaillé la fin de la mission de la sonde Cassini, en orbite autour de Saturne depuis 2004. 

La sonde américaine Cassini, qui était en orbite autour de Saturne depuis 2004, entame la phase finale de sa mission. La Nasa a annoncé qu'elle plongera dans l'atmosphère de la planète le 15 septembre. "La sonde a montré qu'on avait une planète extrêmement dynamique avec une météorologie très impressionnante, avec des tempêtes, des anneaux magnifiques", a expliqué dimanche 23 avril sur franceinfo, François Forget, planétologue et directeur de recherche au CNRS.

franceinfo : Pouvez-vous nous rappeler ce qu'est la sonde Cassini ?

François Forget : Cassini est une très grande sonde américaine, mais aussi un peu européenne, qui a été lancée il y a 20 ans. Elle mesure sept mètres de long et pèse cinq tonnes. Après un long chemin, elle a rejoint le système de Saturne fin 2004. Depuis, elle explore le système de Saturne qui est extrêmement fascinant. Saturne est une planète géante comme Jupiter, constituée essentiellement de gaz, d'hydrogène et d'hélium avec des nuages à la surface. Quand on la regarde, elle est un peu orange, parce qu'il y a des brumes et des molécules organiques, le tout entouré de ses fameux anneaux.

Que nous a appris la sonde Cassini de ses pérégrinations autour de Saturne ?

La sonde a montré qu'on avait une planète extrêmement dynamique avec une météorologie très impressionnante, des tempêtes, un jet stream [courant d'air rapide et confiné que l'on trouve dans l'atmosphère de certaines planètes] en forme d'hexagone très précis, des anneaux aussi, avec beaucoup d'activité, magnifiques eux aussi. On y voit différentes lunes qui tournent autour de Saturne. L'une d'elle s'appelle "Encelade". Sous une croûte de glace, on sait qu'il y a un océan, peut-être actif, qui serait en théorie propice à la vie. Beaucoup plus célèbre, une autre lune appelée "Titan" est une petite terre gelée où il pleut. Il y a des mers, des nuages, des averses, mais il ne s'agit pas d'averse d'eau liquide, mais de méthane liquide. C'est donc une géologie fascinante.

Que va devenir la sonde Cassini ?

Cassini, après toutes ces années de bons et loyaux services, va bientôt être en panne de carburant pour contrôler sa trajectoire et son altitude. On a décidé, non pas de la laisser en orbite autour de Saturne, ce serait trop dangereux, car elle risquerait de tomber sur "Titan" ou "Encelade", où elle pourrait polluer et y déposer des bactéries, mais de la précipiter le 15 septembre sur Saturne. Avant cela, on va modifier l'orbite de la sonde. On va prendre beaucoup de risques car on va la faire frôler la surface de Saturne à quelques centaines de kilomètres, à tel point qu'elle va passer entre Saturne et les anneaux. On va ainsi faire de nouvelles mesures, de nouvelles images, cartographier la structure interne de la planète, estimer la masse des anneaux, grande énigme scientifique, pour connaître leur origine. Ensuite, tout va être fait pour que l'antenne soit orientée vers la terre. Peu à peu, elle va être perturbée par l'atmosphère puis chauffer et finir par brûler, un peu au-dessus des nuages.

"On a décidé de précipiter Cassini sur Saturne", François Forget, planétologue et directeur de recherche au CNRS
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