De la vie possible sur une lune de Saturne ? Trois questions sur la dernière découverte de la Nasa

La sonde Cassini autour de Saturne, le 15 septembre 2017.
La sonde Cassini autour de Saturne, le 15 septembre 2017. (ATLAS PHOTO ARCHIVE/JPL/NASA)

Des activités hydrothermales propices à la vie ont été détectées sur Encelade. Franceinfo vous explique de quoi il s'agit.

La vie extraterrestre serait-elle possible à l'intérieur même de notre système solaire ? Des scientifiques de la Nasa ont annoncé avoir détecté l'origine de la présence d'hydrogène sur Encelade, une des (nombreuses) lunes de Saturne, jeudi 13 avril. Cet hydrogène, résultat de "réactions hydrothermales "entre des roches chaudes et l'océan se trouvant sous la surface gelée" de ce satellite, est propice à l'existence de la vie. Mais de quelle vie parle-t-on ? En quoi cette annonce est-elle importante pour notre connaissance de l'univers ? Franceinfo fait le point.

Encelade, c'est quoi au juste ?

Encelade, une des lunes de Saturne, photographiée par la sonde Cassini, le 27 novembre 2016.
Encelade, une des lunes de Saturne, photographiée par la sonde Cassini, le 27 novembre 2016. (NASA)

Encelade est une des dizaines de lunes qui évoluent autour de Saturne. Depuis 2004, la sonde américaine Cassini est en orbite autour de la planète et de ses satellites afin de les analyser. "Au départ, on pensait que toutes les lunes de Saturne étaient des grosses boules de glace très froides, explique Tristan Guillot, spécialiste de l'intérieur planétaire à l'Observatoire de la Côte d'Azur, à franceinfo. Mais au fur et à mesure, on a découvert qu’elles étaient plus complexes que ça." 

Les scientifiques se rendent compte qu'Encelade, la sixième lune de Saturne par la taille, présente des rayures, marques d'activités en surface. En se rapprochant et en s'éloignant de Saturne, la lune de 500 kilomètres de diamètre modifie sa surface. "Le mouvement fait craquer la croûte glacée et chauffe la lune de l'intérieur", décrit Tristan Guillot.

Surtout, la lune émet des panaches de vapeur, tels des geysers, contenant de l'hydrogène. "Cela fait longtemps qu'on a détecté de l'hydrogène dans ces geysers, explique Olivier Grasset, professeur au laboratoire de géodynamique à l'université de Nantes, à franceinfo. Mais on ne connaissait pas exactement son origine. On ne savait pas si cet hydrogène était présent naturellement dans Encelade, ou s’il venait de l’activité de la sonde Cassini." En circulant en orbite autour de Saturne, la sonde Cassini peut en effet "casser" certaines molécules, comme le méthane, et créer artificiellement de l'hydrogène.

Qu'est-ce qu'on y a trouvé exactement ?

Schéma de la Nasa de la composition d\'une des lunes de Saturne, Encelade, le 13 avril 2017.
Schéma de la Nasa de la composition d'une des lunes de Saturne, Encelade, le 13 avril 2017. (NASA/JPL-CALTECH/SOUTHWEST RESEARCH INSTITUTE)

Les instruments de Cassini ont détecté cet hydrogène moléculaire en octobre 2015, quand la sonde s'est approchée au plus près d'Encelade – à environ 50 kilomètres de sa surface – pour traverser un énorme geyser dans la région du pôle Sud. Les scientifiques de la Nasa ont confirmé, dans leur dernière étude, que cet hydrogène est bien "natif", et non pas créé par l'appareil américain, explique la revue américaine Science (article en anglais). Il provient "des réactions hydrothermales entre des roches chaudes et l'océan se trouvant sous la surface gelée d'Encelade".

"Ce sont très probablement ces échanges entre l'eau et les roches qui produisent de l'hydrogène", précise Olivier Grasset. Avec le dioxyde de carbone, ces éléments sont essentiels à la méthanogénèse, une réaction chimique permettant à des microbes, sur Terre, de vivre dans des profondeurs océaniques que les rayons du Soleil ne peuvent atteindre.

Bien que nous n'ayons pas détecté la vie, nous avons trouvé une source d'alimentation de la vie. C'est un peu comme un magasin de confiseries pour des microbes.Hunter Waite, du Southwest Research Institute à San Antonio (Texas)

Du coup, cela veut dire que cette lune pourrait être propice à la vie ? 

Selon les estimations des scientifiques, Encelade offre l'équivalent en énergie de 300 pizzas par heure, ce qui serait amplement suffisant pour subvenir aux besoins d'une éventuelle vie microbienne."Cette observation montre qu'Encelade présente bien tous les éléments d'habitabilitémais cela n'a rien à voir avec la vie", relativise Olivier Grasset.

Telle que nous la connaissons, l'apparition de la vie requiert trois principaux éléments : de l'eau liquide, une source d'énergie pour le métabolisme des organismes et des ingrédients chimiques, en particulier le carbone, l'hydrogène, l'azote, l'oxygène, le phosphore et le soufre. "Jusqu'ici, nous n'avons pas encore découvert de phosphore, un élément très difficile à produire, poursuit Olivier Grasset. Et sans phosphore, il n'y a pas de vivant."

Les données récoltées par Cassini montrent donc qu'Encelade possède quasiment tous les ingrédients indispensables à la vie. Mais "il n'a pas encore été prouvé qu'il existe des organismes vivants" sur place,  explique Tristan Gaillot : "Il y a donc bien des conditions propices à la vie, mais aucune trace de vie." La question de savoir si nous sommes tout seuls dans l'univers n'est donc pas encore résolue...

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