Vénus : trois questions autour de l'intrigante découverte de possibles traces de vie sur l'étoile du Berger

Vénus au dessus de la Lune, photographiée depuis l\'océan Pacifique en 2018.
Vénus au dessus de la Lune, photographiée depuis l'océan Pacifique en 2018. (ALBERTO GHIZZI PANIZZA / AFP)

Une étude, publiée lundi, indique la présence inattendue d'un gaz, la phosphine, sur cette planète. Son origine pourrait être biologique affirment les chercheurs, laissant d'autres scientifiques dubitatifs. 

Une température moyenne qui se situe autour de 470 degrés, une pression atmosphérique 90 fois supérieure à celle de la Terre, des nuages hyper acides, composés à 90% de soufre... Quelle est la probabilité, même infime, que la moindre forme de vie puisse s'établir sur une planète telle que Vénus ? C'est pourtant l'hypothèse formulée – très prudemment – par une équipe internationale de chercheurs (travaillant notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) dans une étude parue lundi 14 septembre dans la revue Nature Astronomy.

La vingtaine de chercheurs qui cosignent la publication notent la "présence apparente" dans les nuages de Vénus d'un gaz existant sur Terre, la phosphine, qui pourrait soit être issu d'un processus inconnu de la science, soit peut-être... d'une forme de vie. Cette découverte est "l'un des signes les plus excitants que j'ai jamais vu de la présence possible de vie en dehors de la Terre", estime le professeur Alan Duffy, astronome à l'université de Swinburne en Australie, cité par l'AFP. Mais la communauté scientifique, elle, se montre sceptique. 

1Qu'est-ce que la phosphine ?

Composée d'atomes de phosphore et d'hydrogène, la phosphine (PH3) est un gaz présent sur Terre, incolore, très toxique et extrêmement inflammable. Sur la planète bleuen le trouve dans des zones particulièrement inhospitalières, où il est produit par des microbes de type anaérobie (qui n'ont pas besoin d'oxygène). Si ce gaz a été détecté sur des planètes gazeuses comme Saturne ou Jupiter, où sa présence n'a rien de mystérieuse, c'est la première fois qu'il est observé sur une planète tellurique (composée de roches et de métal). 

2Que signifie la présence de ce gaz sur Vénus ?

Qu'on ne s'y trompe pas : les chercheurs n'affirment pas que la présence de phosphine constitue la preuve formelle qu'il existe une forme de vie sur la planète qu'on appelle aussi l'étoile du Berger. "La détection de phosphine n'est pas une preuve solide de vie", est-il précisé dans l'étude. En revanche, les chercheurs y voient une potentielle "biosignature" dans la mesure où on ne connaît à ce jour pas d'explication à la présence de phosphine sur une planète tellurique… si ce n'est l'existence d'une forme de vie.

"Nous avons conclu qu'il n'y a aucun processus chimique ou physique connu susceptible de produire de la phosphine" sur Vénus, explique Janusz Petkowski, chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et cosignataire de l'étude dans une vidéo publiée sur le site de l'institut. Pour autant, l'idée que "notre compréhension de la chimie et la physique des planètes rocheuses soit sévèrement incomplète" demeure une explication selon le scientifique. La phosphine "pourrait provenir de processus inconnus de photochimie ou géochimie", peut-on lire d'ailleurs dans l'étude.

Néanmoins, Janusz Petkowski évoque bel et bien "la possibilité audacieuse qu'il puisse y avoir quelque chose de vivant dans les nuages de Vénus". Selon l'équipe dirigée par Jane S. Greaves, professeure d'astronomie à l'université de Cardiff, la phosphine pourrait en effet se trouver dans la couche nuageuse qui entoure la planète, à 60 km d'altitude. A cet endroit, "les nuages sont 'tempérés' autour de 30 degrés Celsius", écrivent les chercheurs dans l'étude, n'excluant pas que le gaz se forme à une altitude plus basse et plus chaude avant de s'élever.

3Pourquoi l'existence d'une forme de vie extraterrestre reste-t-elle improbable ?

La communauté scientifique se montre dubitative quant à l'observation même de phosphine. "Il semble y avoir quelque chose, mais est-on sûr que ce soit bien de la phosphine ?", s'interroge dans un article du Monde (article payant) Thérèse Encrenaz, directrice de recherche émérite au CNRS à l'Observatoire de Paris. En effet, deux télescopes, à Hawaï, et au Chili, ont sondé les longueurs d'onde émises par la surface de Vénus pour permettre aux scientifiques d'en déterminer les composants. "Ces observations sont très difficiles (...). J'ai des doutes sur la méthode statistique employée, qui m'apparaît biaisée en faveur de leur hypothèse" estime, toujours auprès du quotidien, Bruno Bézard, directeur de recherche au CNRS à l'Observatoire de Paris.

D'ailleurs, la présence de phosphine, qui reste à confirmer, n'est pas en soi une preuve de vie, comme l'indique l'étude elle-même. "Ce n'est pas parce qu'on ne connaît pas d'autre moyen de produire de la phosphine qu'il n'en existe pas. Surtout sur une planète aussi différente de la Terre que Vénus", confirme le médiateur scientifique Pierre Henriquet sur Twitter. L'astrophysicien Emmanuel Marcq énumère sur le réseau social les conditions préalables à la recherche d'origine biologique du gaz sur Vénus : tout d'abord, il faut "confirmer la présence de phosphine", puis "si confirmation", "chercher tous les moyens non biologiques d'expliquer sa présence", et, enfin, s'il n'est pas possible de l'expliquer autrement, "envisager l'hypothèse biologique".

Il faudrait ensuite imaginer une forme de vie capable de se développer dans des conditions extrêmes, compte tenu de la super-acidité des nuages, de la suspension et de l'absence d'eau sur cette planète.

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