Robot russe sur l'ISS : "On ira sur Mars même sans robot humanoïde type Fedor", explique un astronaute

Le robot Fedor avant d\'être envoyé sur l\'ISS. 
Le robot Fedor avant d'être envoyé sur l'ISS.  (- / ROSCOSMOS SPACE AGENCY)

Patrick Baudry, astronaute et conférencier, a commenté sur franceinfo l'arrivée du robot Fedor à la Station spatiale internationale. 

"On ira sur Mars même sans robot humanoïde type Fedor", a déclaré mardi 27 août sur franceinfo Patrick Baudry, astronaute et conférencier, alors que Fedor, un robot humanoïde russe s'est arrimé à la Station spatiale internationale mardi.

franceinfo : Le robot va manier un tournevis, jouer avec des clés, tester ses capacités en apesanteur. Ca sert à quoi ces missions ?

Patrick Baudry : Tout d'abord la mission actuelle sert à vérifier si Fedor marche bien en apesanteur. C'est quelque chose de fondamental pour les Russes. A part ça, manier un tournevis dans la station, je ne vois pas très bien à quoi ça peut servir. C'est plus pour vérifier les fonctions de Fedor que ce genre d'expériences ou d'actions seront réalisées. Je crois que le but des Russes est avant toute chose d'avoir un robot qui puisse aider les cosmonautes en sortie extravéhiculaire, en sortie dans l'espace. C'est quelque chose qui me paraît extrêmement utile s'ils y arrivent, non pas nécessaire mais utile.

Une sortie dans l'espace reste un moment très périlleux et on aurait bien besoin d'un petit coup de main ?

Une sortie dans l'espace c'est de toute façon périlleux, ça consomme de l'oxygène, de l'énergie. Fedor, lui, ne consommera pas d'oxygène. Sur un voyage à longue durée, par exemple lorsqu'on on ira sur Mars, c'est un voyage de six mois minimum, on n'aura pas besoin de nourrir Fedor, de lui donner de l'eau, il ne consommera rien. Donc déjà, c'est un gros avantage. Sur place, il pourra aider, s'il est capable de faire une sortie extravéhiculaire, les astronautes sur le sol de Mars à faire certaines actions et donc à gagner beaucoup de temps et de masse. Même s'il pèse un peu lourd, sur le plan d'économies d'énergie, de nourriture, c'est quelque chose d'essentiel.

Vous le voyez comme une étape vers Mars ? Tous les pays travaillent sur ces sujets ?

C'est une étape qui n'est pas fondamentale. De toute façon, on ira sur Mars même sans robot humanoïde type Fedor. On a besoin de beaucoup d'autres robots mais si des robots type Fedor fonctionnent à la perfection, ce sera une aide considérable, un atout supplémentaire. Bien sûr, la robotique est quelque chose d'essentiel. Je me souviens d'une étape importante, lorsque les américains avaient mis au point le bras télémanipulateur extérieur sur la navette. C'était une pièce de robotique extrêmement complexe parce qu'il fallait qu'elle fonctionne en apesanteur donc avec un repère complètement dissocié de la gravité. C'était une belle réussite à l'époque et Fedor est un pas de même importance.

Est-ce qu'on peut imaginer un scénario à la 2001 : Odyssée de l'espace, avec des fâcheries entre astronautes et robots ?

Pourquoi pas, quand une machine ne fonctionne pas comme on l'espère, on a tendance à se fâcher et si le robot est assez intelligent, il peut se rebeller [rires]. Plus sérieusement, je crois que les robots obéissent à nos fantasmes. On fantasme toujours sur les robots, c'est assez curieux alors que ce sont de simples outils même s'ils sont complexes. Il faut les prendre comme tels, les robots seront au service des astronautes sur Mars ou en sortie extravéhiculaire. C'est un pas important qui sera franchi si les Russes arrivent à mettre Fedor au point.

Vous êtes à nouveau en ligne