Rougeole : "C'est une maladie qui n'est pas aussi anodine que certains voudraient le dire"

Des cas de rougeole à l\'université de Lille, le 16 février 2018.
Des cas de rougeole à l'université de Lille, le 16 février 2018. (PHILIPPE PAUCHET / MAXPPP)

Denise Antona, épidémiologiste à la direction des maladies infectieuses de Santé publique France était invitée, mercredi sur franceinfo.

La rougeole "est une maladie qui n'est pas aussi anodine que certains voudraient l'entendre ou le dire", a réagi mercredi 27 juin sur franceinfo Denise Antona, épidémiologiste à la direction des maladies infectieuses de Santé publique France pointant "une couverture vaccinale insuffisante qui permet au virus de circuler dans le pays". La rougeole a fait un deuxième décès depuis le début de l'année 2018. Après une femme de 36 ans à Poitiers en février, c'est un patient de 26 ans qui est décédé, tandis qu'un adolescent de 17 ans fait l'objet d'un "pronostic réservé", selon l'Agence nationale de santé publique.

franceinfo : Comment expliquer que la rougeole continue de tuer en France ?

Denise AntonaOn a une couverture vaccinale insuffisante qui permet au virus de circuler dans le pays et donc de provoquer un épisode épidémique, comme celui que l'on connait depuis fin 2017, avec près de 2 600 cas qui nous ont été déclarés, sachant qu'environ la moitié des cas ne nous sont pas déclarés. On considère donc qu'il y a environ 5 000 cas de rougeole survenus au cours des derniers mois. Or, c'est une maladie qui n'est pas aussi anodine que certains voudraient l'entendre ou le dire. Il y a effectivement la possibilité de décéder de la rougeole. Soit lorsque le virus atteint les poumons, ce qui entraine un décès rapide en réanimation, soit lors d'atteintes de type encéphalites qui entrainent des séquelles ou un décès.

Dans l'immense majorité des cas, les malades n'ont pas été vaccinés, que sait-on de la couverture vaccinale pour la rougeole en France ?

Effectivement, la dernière victime était une personne immunodéprimée, donc qui ne pouvait être protégée contre la rougeole que par un entourage vacciné. Or, dans la population, on est à 90% de gens vaccinés avec une dose et 80% vaccinés avec deux doses. Pour se débarrasser vraiment de la maladie, il faudrait avoir 95% de la population vaccinés avec deux doses. Donc il y a encore de la marge avant d'avoir une couverture vaccinale qui soit satisfaisante. On explique cette marge par une défiance et une négligence, parce qu'on considère souvent que la rougeole est une maladie bénigne de l'enfance, ce qui n'est pas vrai. Le vaccin contre la rougeole est maintenant obligatoire depuis 2018. On espère que ça va rattraper les 20% d'enfants qui ne sont pas vaccinés, parce qu'on n'a malgré tout que 80% des enfants à l'âge de deux ans qui ont reçu les deux doses.

Quels sont les premiers symptômes ?

Les tous premiers symptômes de la rougeole sont assez banaux. Ça commence par une sorte de rhinopharyngite et l'installation d'une fièvre qui devient très vite assez élevée avant que l'éruption n'apparaisse. Avec de la fièvre à 39-39.5, les enfants sont très fatigués et mal. Dans les jours qui suivent, s'installe une immunodéficience. Ils sont donc plus susceptibles de compliquer leur rougeole par d'autres microbes. C'est ça qui peut être très dangereux. Il y a aussi des personnes plus à risque. Ce sont en premier lieu les personnes qui sont immunodéprimées ou qui sont sous traitement immunosuppresseur, mais aussi les femmes enceintes et les petits de moins d'un an qui ne sont pas encore concernés par la vaccination car la première dose est donnée à l'âge de 12 mois. Ces bébés sont très susceptibles de faire des formes graves de la maladie, d'autant plus si leur entourage n'est pas protégé.

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