Un moniteur pour évaluer la douleur des patients anesthésiés

Comment évaluer de façon objective et précise la douleur d'un patient sous anesthésie générale ou d'un nouveau-né ? Grace à un nouveau moniteur, les équipes médicales peuvent désormais mesurer la douleur des malades qui ne peuvent pas s'exprimer et ainsi améliorer sa prise en charge.

Il aura fallu vingt-trois ans de recherche pour que ce soit possible... Des équipes de l'Inserm et du CHRU de Lille (Nord) sont parvenues à mettre au point un moniteur mesurant la douleur chez les patients endormis ou incapables de s'exprimer. Il est commercialisé par la start-up lilloise MDoloris.

Au cours d'une anesthésie générale, les patients reçoivent deux types de médicaments : certains pour endormir et d'autres pour éviter de ressentir la douleur, des dérivés de la morphine. Mais le geste chirurgical peut entraîner des sensations douloureuses : "Ça n’est pas parce qu’on rend quelqu’un inconscient que son corps ne ressent pas la douleur qui a lieu lors de l’intervention chirurgicale", explique le Dr Mathieu Jeanne, anesthésiste-réanimateur au CHRU de Lille.

Pour évaluer les variations de cette douleur pendant l'intervention et ajuster les doses d'antalgiques, l'anesthésiste disposait jusqu’à maintenant de deux moniteurs, l'un mesurant le rythme cardiaque, l'autre la tension artérielle. Mais ces constantes ne permettent pas d'évaluer la douleur de manière très précise, "ce sont les variations du rythme cardiaque au cours du geste chirurgical, l’augmentation de sa pression artérielle qui nous permettaient de supposer que le patient était peut être douloureux. Le rythme cardiaque et la tension artérielle ne sont pas spécifiques de la douleur mais on n’avait rien de mieux", affirme le Dr Mathieu Jeanne.

Les doses d'antidouleurs restaient donc parfois approximatives, mais depuis peu, un nouveau moniteur a fait son apparition. Il permet de mesurer en continu l'activité du système nerveux autonome, qui continue à fonctionner même au cours de l'anesthésie générale, par le biais d'électrodes posées sur le patient. Ce système nerveux autonome réagit instantanément à la douleur et cela se traduit par un score, de 0 à 100,  qui  s'affiche sur un écran. Si la valeur se situe au dessus de 50, le patient est confortable, en revanche, en dessous de 50, il est en souffrance. Ces données objectives, recueillies en temps réel, permettent d'ajuster l'anesthésie tout au long de l'intervention chirurgicale et d'améliorer également le confort du patient au réveil.

Une autre version de ce moniteur, mise au point par la même équipe, permet d'évaluer l'inconfort ou la douleur des bébés prématurés, pris en charge dans les services de néonatalogie. La start-up lilloise qui a mis au point cette technologie pourrait développer d'autres moniteurs pour évaluer la douleur des patients qui connaissent des difficultés à s'exprimer, comme les autistes par exemple.