La diphtérie de retour en Espagne, après 30 ans d'absence

La diphtérie est une grave maladie respiratoire, disparue d'Espagne depuis 1987. Mais le 23 mai dernier, un enfant de 6 ans a de nouveau été infecté par la bactérie. Amateurs de "médecines alternatives", ses parents avaient refusé de le vacciner. Il est désormais entre la vie et la mort.

Plus de trente ans après avoir disparu du territoire espagnol, la diphtérie refait surface. Alors que le dernier cas répertorié datait de 1987, un jeune garçon espagnol a contracté la bactérie le 23 mai dernier. Depuis plus d'une semaine, il est hospitalisé à Barcelone dans un "état critique", selon le quotidien catalan La Vanguardia, qui précise que son pronostic vital reste engagé. L'enfant de 6 ans est également assisté par des machines pour ses fonctions rénales, respiratoires et cardiaques. Les parents du jeune Catalan, adeptes des médecines dites "alternatives", avaient délibérément choisi de ne pas vacciner l'enfant. Désormais, ils disent avoir été "manipulés" par des groupes antivaccination, et "mal informés" sur l'importance de l'immunisation, selon le quotidien El Pais. Depuis, ces parents ont décidé de faire vacciner leur plus jeune fille contre la diphtérie.

En urgence, les autorités espagnoles ont lancé une alerte internationale, à la recherche d'un traitement antitoxine diphtérique, finalement fourni par la Russie par voie diplomatique. Des analyses ont été effectuées dans l'entourage de l'enfant : parents, camarades de classes ou de loisirs, professeurs… Sur les 57 personnes identifiées, huit enfants étaient porteurs de la bactérie, mais tous étaient vaccinés et ne présentaient aucun symptôme de la maladie. Ils ont tout de même été traités avec des antibiotiques et invités à rester chez eux. 3% des Catalans ne sont pas vaccinés et donc potentiellement à risque.

Des mouvements antivaccination en puissance ?

Si le vaccin contre la diphtérie est inscrit au calendrier ibérique des vaccinations, les médecins ne peuvent pour autant pas l'imposer aux parents. Au total, 5% des Espagnols ne seraient pas vaccinés contre cette maladie. Pour le ministre de la Santé espagnol, les mouvements antivaccination restent minoritaires dans le pays, mais très médiatisés. L'affaire du jeune Catalan fait en effet des vagues dans la presse espagnole où des spécialistes rappellent l'intérêt de la vaccination face aux discours dangereux des "antivax". Ces derniers avancent clairement les conséquences graves, et pourtant rarissimes, des vaccins, témoignage de victimes à l'appui. Comme ce père, qui relate son histoire à El Mundo, et dont l'enfant est devenu tétraplégique à la suite d'un vaccin contre la diphtérie.

S'il reste marginal, le mouvement antivaccination a déjà subi une intervention de la justice ibérique. En 2010, une école andalouse a vu la majorité de ses enfants ne pas se faire vacciner contre la rougeole. Pour éviter l'épidémie, un juge a du contraindre une dizaine de parents d'élèves à faire vacciner leurs enfants car l'immunité du groupe (1) n'était plus garantie. Au total, une cinquantaine de cas de rougeole avaient été déclarés dans l'année… Le vaccin de la rougeole (ROR) est d'ailleurs particulièrement ciblé par les antivax américain, pays où ce mouvement est le plus présent. Pourtant, il se fonde sur de fausses croyances, contredites à l'unanimité par la communauté scientifique. Les "anti-vax" pensent en effet que le vaccin ROR favorise l'apparition d'autisme. Des faits qui émanent d'une publication britannique de 1997 falsifiée par son auteur et démentie.

En France, les "antivax" prennent aussi leurs marques, mais d'une manière moins radicale comme en témoigne le récent succès de la pétition du Pr Joyeux. Alors qu'il n'y avait pas eu de cas de diphtérie depuis 1989, la maladie a de nouveau touché la France dix ans plus tard. Entre 2000 et 2012, 29 personnes ont été touchées par la diphtérie, toutes non vaccinées (2) ou insuffisamment. La vaccination contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite est obligatoire en France, dès l'âge de 2 mois.

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(1) Le fait que les enfants non vaccinés sont tout de même protégés car il y a une grande majorité d'enfants vaccinés autour d'eux.
(2) Source : Institut Pasteur

 

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