Installation des jeunes médecins dans les déserts médicaux : "La contrainte ne sera jamais la solution"

Dans certaines \"zones sous-denses\", les médecins qui partent sont difficilement remplacés
Dans certaines "zones sous-denses", les médecins qui partent sont difficilement remplacés (MAXPPP)

Pour le vice-président du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR), Yannick Schmitt, l'idée de conditionner l'installation des jeunes médecins reflète une méconnaissance profonde des réalités du terrain.

Le vice-président du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR), le docteur Yannick Schmitt, réagit mercredi 29 novembre sur franceinfo au rapport publié par la Cour des Comptes. Pour réaliser des économies au sein de l'Assurance maladie, elle estime qu'il faut conditionner l'installation des jeunes médecins dans les déserts médicaux pour réaliser jusqu'à 3,2 milliards d'euros d'économie par an. "Cela va précipiter les jeunes vers le salariat, ou encore pire, vers d’autres spécialités que la médecine générale", redoute Yannick Schmitt.

franceinfo : Le rapport de la Cour des comptes évoque la possibilité de forcer les jeunes diplômés à exercer dans les déserts médicaux  avant de s'installer en libéral. Est-ce une bonne idée ?

Yannick Schmitt : C’est une fausse bonne idée qui a déjà été utilisée à plusieurs reprises. Cela sent le recyclage à plein nez. Aujourd’hui, lorsque l’on propose de telles solutions, on méconnaît profondément les réalités du terrain. On va perdre énormément de médecins dans les années à venir. Quasiment 1 000 médecins généralistes par an vont partir à la retraite et ne seront pas remplacés. Ce qui n’est pas le cas pour toutes les autres professions de santé qui, elles, vont augmenter. Vouloir mieux répartir les médecins dans certaines zones, cela veut dire qu’on va en enlever ailleurs. Or, aujourd’hui, sur le territoire, qui peut dire qu’il a assez de médecins généralistes à disposition ? Ce type de zone, je n’en connais pas, et je pense que les pouvoirs publics n’en connaissent pas non plus.

Comment fait-on pour inciter les jeunes médecins à s’installer dans les déserts médicaux ?

Il y a plusieurs leviers, notamment à long terme. On va parler de la formation. Quand on est en stage, si on ne passe pas en cabinet de médecine générale et si on ne va pas dans des zones où il y a peu de médecins, on n’aura pas forcément envie d’y aller plus tard parce qu’on ne connaît pas ces terrains-là. […] Il y a aussi des mesures à plus court terme. C’est la sécurité au niveau de la protection sociale. Aujourd’hui, ce qui fait peur dans l’installation libérale c’est de ne pas pouvoir s’arrêter de travailler quand on a un pépin de santé ou, en tout cas, de ne pas avoir de couverture santé quand on s’arrête. Et ça, c’est un véritable problème pour les jeunes. C’est ce qui fait le succès d’un dispositif d’incitation qui a conduit 800 jeunes à s’installer en échange d’une meilleure protection sociale. C’est concret et ça marche.

La contrainte ne sera jamais la solution ?

La contrainte ne sera jamais la solution. D’un point de vue symbolique, c’est dire aux jeunes : on vous invite à aller dans le libéral mais on vous retire un des seuls avantages que vous avez dans le libéral, c’est-à-dire de choisir où vous pouvez vous installer. Evidemment que cela va précipiter les jeunes vers le salariat, ou encore pire, vers d’autres spécialités que la médecine générale, alors qu’on manque cruellement de médecins généralistes et que la situation va encore s’aggraver dans les années qui viennent.

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