Greffe du coeur : une prise de sang pour surveiller les risques de rejet

En 2015, selon l'Agence de biomédecine, 471 greffes de cœur ont été réalisées en France. Après l'opération, les patients font régulièrement des biopsies du myocarde pour surveiller le risque de rejet du greffon. Mais il existe une alternative non invasive, venue des Etats-Unis : un test réalisé à partir d’une simple prise de sang. En Europe, seul le laboratoire de l'hôpital de Strasbourg est habilité à analyser les prélèvements sanguins. 

Bruno a été greffé du cœur il y a un an. A chaque visite, son médecin est très attentif à tout signe de rejet car malgré les médicaments, il y a toujours un risque. Le Dr Eric Epailly, cardiologue au CHU de Strasbourg (57), explique : "on a des médicaments qui sont des anti-rejets qui sont parfaitement efficaces. Mais ils ont beaucoup d’inconvénients donc on ne peut pas les donner à trop fortes doses pour éviter complètement le rejet. Sinon, ils auraient des effets indésirables épouvantables."

Pour surveiller le greffon, Bruno fait régulièrement des biopsies du myocarde. Si le matériel s'est modernisé, la procédure n'a pas changé depuis 1975. Elle consiste à prélever à l'aide d'une pince des fragments de tissu musculaire cardiaque. Selon le Dr Eric Epailly, "c’est un geste invasif. On plante une aiguille dans le cou du patient donc déjà localement on peut avoir des hématomes, des infections… Et puis, on va chercher quand même un bout de cœur."

Une simple prise de sang pour évaluer le risque de rejet

Une autre méthode existe : un test réalisé à partir d'une prise de sang. L'hôpital de Strasbourg est le centre de référence en Europe. Son laboratoire reçoit des prélèvements de patients de toute l’Europe. L'analyse se fait sur les globules blancs contenus dans le sang du patient. Plusieurs manipulations permettent d'extraire à partir de ces globules blancs de l'ADN "complémentaire". Les médecins observent alors les 11 gènes qui interviennent en cas de rejet.

Le Dr Mirjana Radosavljeci du CHU de Strasbourg (57) explique : "parmi ces onze gènes, certains sont impliqués dans la réponse immune, dans la réponse inflammatoire, dans le déplacement et l’activation des lymphocytes. Les lymphocytes, ce sont des cellules qui interviennent dans la défense du système immunitaire mais également dans le rejet des organes."

Un test qui améliore la qualité de vie des patients

En fonction de l'expression ou non de ces gènes, un algorithme calcule un score sur 40. S'il est inférieur à 34, le médecin conclut à une absence de rejet. C'est le cas du dernier test de Bruno. Il fait cet examen tous les mois et apprécie sa simplicité. "Pour moi, ça n’a pas de prix de venir faire une prise de sang plutôt que de venir et de passer une journée, de passer au bloc, d’être dans un endroit stérile où il y a quand même beaucoup de malades qui se croisent… Même si on est proche du zéro, il y a toujours un risque d’attraper une infection."

Mais il y a des limites à son utilisation. Le test est valable pour les adultes seulement et après 6 mois de greffe. Il n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. Le Dr Epailly le prescrit dans le cadre d'un programme de recherche. "Ce protocole a eu un budget de 2 millions d’euros. Ce qu’on aimerait prouver,  c’est que prenant tout en compte, toutes les dépenses et surtout la qualité de vie des patients, économiquement ça vaut le coup de dépenser 2000 dollars (ndlr : le prix du test aux Etats-Unis) pour éviter une biopsie."

Les résultats sont attendus d'ici cinq ans. Si le test est généralisé, le nombre de biopsies pratiquées après six mois de greffes devrait diminuer de deux tiers. 

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