Dix ans après sa première greffe totale du visage, Jérôme Hamon peut enfin se "regarder dans un miroir"

Jérôme Hamon, greffé du visage, chez lui à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), le 25 juin 2020.
Jérôme Hamon, greffé du visage, chez lui à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), le 25 juin 2020. (BORIS LOUMAGNE / RADIO FRANCE)

Le 26 juin 2010, Jérôme Hamon recevait la première greffe totale du visage. Une deuxième greffe a eu lieu cinq ans plus tard, après le rejet de la première. Avec son troisième visage, il se dit heureux et cherche un emploi de libraire.

Il y a dix ans, jour pour jour, l’équipe du professeur Lantieri de l'hôpital Georges-Pompidou réalisait la première greffe totale du visage. Le patient, Jérôme Hamon, a 45 ans aujourd’hui. À l’époque, son visage fondait comme du beurre, dit-il, à cause de sa neurofibromatose, une maladie génétique qui dans 1% des cas provoque l’affaissement des traits du visage. En juin 2010, cet habitant du Val-de-Marne a donc changé de visage, une première fois. Mais au bout de cinq ans, la greffe s’est détériorée et il a dû se faire greffer un autre visage. Il aura fallu dix ans et trois visages pour que Jérôme Hamon arrive, enfin, à se regarder dans la glace.

La générosité et "le côté plus noir" de la nature humaine

C'est un homme qui a connu bien des douleurs, qui a passé des mois dans les chambres d’hôpital, a subi des moqueries, des insultes, et qui, quand on lui demande ce qu’il retient de ces dix dernières années, parle avant tout de bonheur. "Ce n'est que du bonheur car ça a radicalement changé ma vie. Avant la première greffe, à chaque fois que je devais sortir, il y avait cette crainte de croiser du monde sur le trottoir et d'être l'objet de remarques et de regards." Désormais Jérôme Hamon marche la tête haute dans la rue. Il a dompté le regard des autres et il a beaucoup appris, en dix ans, sur la nature humaine, sur ses paradoxes : "La générosité, avec le don d'organes, mais aussi le côté le plus noir de l'être humain avec le rejet, les moqueries."

Comment un homme aux trois visages construit-il son identité ? Est-on tout à fait le même quand on change d’apparence ? Jérôme a eu dix ans pour trouver la réponse.

A l'intérieur, je suis le même. La seule différence c'est qu'avant la première greffe, je ne me regardais pas dans le miroir, je me voyais. Depuis la greffe, je peux me regarder dans un miroir.Jérôme Hamonà franceinfo

Sa nouvelle apparence ne l’a pas changé, elle l’a complété. Les douleurs que le quadragénaire a subies après sa deuxième greffe, un an d’hôpital, cela l’a renforcé mentalement. Après toutes ces épreuves, Jérôme Hamon va de l’avant. Il cherche aujourd’hui un travail de libraire : "La lecture m'a changé la vie", dit-il. La musique aussi lui a sauvé la vie, notamment celle de Jean-Michel Jarre : "Dans la chambre, quand j'étais à l'hôpital, la musique de Jean-Michel Jarre m'apaisait." Et dix ans après sa première greffe, au milieu de ses livres et de ses disques, Jérôme Hamon est un homme apaisé.

La vie de Jérôme Hamon, dix ans après sa greffe du visage : écoutez le reportage de Boris Loumagne
--'--
--'--

Vous êtes à nouveau en ligne