Autorisation des embryons hybrides humains-animaux au Japon : "On ne va pas franchir les lignes rouges", rassure un scientifique

Modification génétique d\'un embryon de souris. 
Modification génétique d'un embryon de souris.  (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

"Les progrès médicaux qu'on pourrait en tirer, in fine, c'est la production d'organes dans l'animal", a expliqué John de Vos, responsable ingénierie cellulaire et tissulaire au CHU de Montpellier.

Le Japon a autorisé, mercredi 30 juillet, la création d'embryons hybrides humains-animaux, créant un séisme dans le monde de la bioéthique. En France, ces pratiques sont interdites par la loi bioéthique de 2011. "Je pense qu'on ne va pas franchir les lignes rouges" de l'éthique, a estimé sur franceinfo John de Vos, responsable ingénierie cellulaire et tissulaire au CHU de Montpellier.

franceinfo : Certains scientifiques s'inquiètent de cette démarche. En faites-vous partie ?

John de Vos : Comme toute recherche radicalement innovante en médecine, il y a évidemment une tension entre des progrès médicaux clairs et palpables et des zones éthiques dangereuses, des lignes rouges qu'il ne faudrait pas franchir. Le chercheur en question, Hiromitsu Nakauchi, a lancé cette thématique il y a maintenant dix ans en créant des souris porteuses de pancréas de rats ou à l'inverse des rats porteurs de pancréas de souris. Il s'agissait déjà d'animaux hybrides mais entre eux. Il faisait déjà cette recherche, y compris avec des cellules humaines, en Californie. Cette fois, il va avoir l'autorisation de le faire chez lui, au Japon. C'est donc une recherche ancienne qui progresse. C'est un chercheur qui travaille de manière très méticuleuse, avec beaucoup de précautions. Je pense donc qu'on ne va pas franchir les lignes rouges qu'il ne faudrait pas franchir. C'est un chercheur extrêmement sérieux, qui progresse pas à pas, pour justement ne pas prendre le moindre risque.

Que peut-on tirer de cette expérience ?

Les progrès médicaux qu'on pourrait en tirer, in fine, c'est la production d'organes dans l'animal. Aujourd'hui, il y a deux problèmes dans la transplantation d'organes : une pénurie d'organes, ce qui veut dire qu'un certain nombre de patients sont sur liste d'attente, n'auront jamais un foie, un coeur ou un poumon et risquent de mourir pour ça ; l'autre problème concerne l'incompatibilité qui existe toujours [entre l'organe du donneur et le receveur] et qui nécessite un traitement immunosuppresseur à vie pour le patient qui reçoit l'organe. On pourrait faire des organes sur mesures qui pourraient être parfaitement compatibles avec le receveur. Il n'y aurait plus de rejet ni de nécessité d'un traitement immunosuppresseur.

Peut-on imaginer faire la même chose en France ?

C'est envisageable. Il y a quand même encore un flou au niveau juridique et réglementaire. La révision actuelle de la loi de bioéthique pourrait éclaircir cette problématique pour éventuellement rendre cette pratique possible.

Vous êtes à nouveau en ligne