Autorisation des embryons hybrides humains-animaux au Japon : Axel Kahn "pas persuadé que le jeu en vaille la chandelle"

Axel Kahn, Paris, le 7 Avril 2015.
Axel Kahn, Paris, le 7 Avril 2015. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le Japon a autorisé le développement d'organes humains dans des animaux.

Le Japon a donné, mercredi 30 juillet, son feu vert à un chercheur pour créer des embryons chimères humains-animaux, une recherche portée par Hiromitsu Nakauchi. "La question est de savoir si, compte tenu de toutes les difficultés, cela mérite de franchir la barrière entre animalité et humanité", a déclaré, jeudi sur franceinfo, Axel Kahn, biologiste, médecin généticien et président du comité commun d'éthique Inra-Cirad-Ifremer.

franceinfo : N'y a-t-il pas une entorse à l'éthique scientifique ?

Axel Kahn : Il y a un aspect scientifique, un aspect moral et éthique, ou sociologique. Tout d'abord l'aspect scientifique. Si je prends l'exemple du foie, l'animal aura un foie avec des cellules hépatiques humaines mais les cellules des vaisseaux et celles du tissu conjonctif resteront du tissu animal. Et si on greffe cet organe à un humain, il y aura quand même des réactions de rejet de l'étranger - car tout corps rejette les tissus étrangers. Donc les problèmes scientifiques ne sont pas tous réglés. Maintenant d'un point de vue philosophique et éthique, il y a une rupture de la frontière entre l'animalité non-humaine et l'humanité. Et cela remonte à extrêmement longtemps, avec les mythes des chimères par exemple. Par conséquent je ne suis pas persuadé que le jeu en vaille la chandelle.

Est-ce qu'il ne faut pas parfois enfreindre certains tabous pour de bonnes causes ?

Je suis extrêmement modéré. Il s'agit d'une recherche intéressante. Mais cette recherche, même si elle est spectaculaire, ne résout pas tous les problèmes. Le problème aujourd'hui c'est que si vous greffez un foie de cochon à un humain, l'humain va le rejeter en quelques heures ou quelques jours. Là le porc aura un foie pas tout à fait humain, car il y aura beaucoup de tissu de porc. La question est de savoir si, compte tenu de toutes les difficultés, cela mérite de franchir la barrière entre animalité et humanité. C'est un tabou qui plonge très loin dans l'inconscient et la mentalité de pratiquement toutes les sociétés du monde.

Cette pratique est interdite en France ?

Aucune demande n'a été faite. Mais oui, créer un hybride homme-animal est interdit en France.

Est-ce que le fait que le gouvernement japonais autorise ces recherches signifie que le Japon veut prendre de l'avance sur ces sujets ?

On ne peut pas parler en termes d'avance et de retard dans ce domaine-là puisqu'il s'agit de références philosophiques qui peuvent être extraordinairement différentes. La recherche sur des modèles expérimentaux est menée en France et en Europe, dans des pays où on ne peut pas créer des hybrides homme-animal. Donc je ne crois pas qu'il y ait un retard scientifique.

Vous êtes à nouveau en ligne