Attentats : un programme de recherche inédit sur les mémoires traumatiques

(FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Porté par le CNRS et l'Inserm pour la partie scientifique, "13-Novembre" est un programme qui doit analyser les conséquences sur le plan individuel et collectif des attentats parisiens de l'automne dernier.

Codirigé par l'historien Denis Peschanski et le neuropsychologue Francis Eustache, ce programme de recherche est fondé sur le recueil et l'analyse de témoignages de 1.000 personnes volontaires interrogées sur dix ans, expliquent-ils dans un communiqué.

C'est "une première mondiale par son ampleur, le nombre de disciplines associées et le protocole établi" avec des retombées attendues dans les domaines socio-historique et biomédical, mais aussi du droit et des politiques publiques ou de la santé publique, assurent le Centre national de la Recherche scientifique (CNRS), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l'héSam (hautes études Sorbonne arts et métiers).

"Comment le souvenir traumatique des attentats du 13 novembre 2015 évolue-t-il dans les mémoires individuelles et la mémoire collective? Peut-on prédire, par l'étude des marqueurs cérébraux, quelles victimes développeront un état de stress post-traumatique, et lesquelles se remettront plus facilement?", ce sont quelques unes des questions auxquelles les scientifiques tenteront de répondre. 

L'étude 13-Novembre a démarré le 13 mai à Caen et le 2 juin à Bry-sur-Marne (près de Paris) et les premiers résultats sont attendus à l’automne 2017.

Une programme de recherche unique au monde

Les 1.000 personnes, en cours de recrutement, auront soit vécu le drame directement (survivants, entourage, policiers, militaires, pompiers, médecins...), soit indirectement (habitants et usagers des quartiers touchés, personnes vivant en Ile-de-France). Enfin, des habitants de plusieurs villes de France, dont Caen et Metz, participeront à l'étude. "Mobilisant plusieurs centaines de professionnels, ce programme est une première mondiale par son ampleur, le nombre de disciplines associées et le protocole établi", affirment les chercheurs. 

Quatre entretiens filmés seront organisées en 2016, 2018, 2021 et 2026. Les témoignages individuels seront mis en perspective avec la mémoire collective construite par les journaux à la radio, à la télévision et dans la presse, les réactions sur les réseaux sociaux et les textes et images des commémorations cconservés par l'INA. Les guides d'entretiens ont été construits en commun par des historiens, des sociologues, des psychologues, des psychopathologues et des neuroscientifiques, "afin que le matériel recueilli soit utilisable par chacune de ces disciplines"

Une étude biomédicale, intitulée "Remember" (se souvenir), dont l'Inserm est promoteur, portera par ailleurs sur 180 des 1.000 personnes dont 120 directement touchées par les attentats, souffrant ou non d'un état de stress post-traumatique, et 60 personnes habitant Caen. "Grâce à des entretiens et à des IRM cérébrales, passés à la même fréquence que les entretiens filmés, il s'agira de mieux comprendre l'impact des chocs traumatiques sur la mémoire (...) et d'identifier des marqueurs cérébraux associés à la résilience au traumatisme", ajoutent les scientifiques. 

Appel à volontaires

Que vous ayez été témoin ou intervenant lors des attentats, que vous soyez résident ou usager des quartiers touchés, ou simplement habitant de Paris et sa banlieue, les chercheurs ont besoin de vous.

Si vous souhaitez participer et apporter votre témoignage dans le cadre du programme 13-Novembre, contactez l’équipe de médiateurs du programme :

– par téléphone : 06 60 98 53 82 / 06 61 19 10 32

– par email : memoire13novembre@matricememory.fr

Une permanence est déjà tenue dans les locaux de la mairie du 11e arrondissement de Paris (place Léon Blum, 75011 Paris). Horaires : le lundi et le vendredi de 8h30 à 17h (sauf le 3e vendredi du mois de 8h30 à 14h).