L'épidémie de VIH gagne du terrain chez les jeunes homosexuels français

Un kit de test de dépistage du VIH, à Londres (Royaume-Uni) le 14 juillet 2016. 
Un kit de test de dépistage du VIH, à Londres (Royaume-Uni) le 14 juillet 2016.  (POOL NEW / X80003)

Une étude publiée mardi alerte sur la situation de l'épidémie de VIH chez les jeunes hommes homosexuels français : 14,3% des hommes interrogés sont séropositifs. 

C'est une situation "extrêmement préoccupante". L'étude Prevagay 2015, publiée mardi 18 juillet, alerte sur les risques de contamination au VIH chez les jeunes hommes homosexuels français.

Des chercheurs de Santé publique France, de l'Inserm et de l'Equipe nationale d'intervention en prévention et santé pour les entreprises (Enipse), ont analysé la fréquence de la contamination et les pratiques de prévention chez 2 600 hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HSH). Selon l'étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), 14,3% d'entre eux sont séropositifs. 

Les chercheurs ont élaboré cette enquête à partir d'un "questionnaire comportemental" et d'un prélèvement de sang anonymes auprès d'hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, fréquentant 60 bars, saunas et "backrooms" de cinq villes en France (Lille, Lyon, Montpellier, Nice et Paris).

Une fréquence de contamination plus élevée à Nice, Montpellier et Paris

La fréquence de contamination au VIH chez les jeunes hommes homosexuels est particulièrement élevée à Nice (17,1%), à Montpellier (16,9%) et à Paris (16%). A Lyon et Lille, cette fréquence atteint respectivement 11,4% et 7,6%. 

Ce niveau de contamination est comparable à plusieurs villes telles que Brighton, au Royaume-Uni (17,6%), et Lisbonne, au Portugal (17,1%). Mais en France, "la part des séropositifs parmi les HSH âgés de moins de 30 ans atteint 6%", soit un niveau "plus élevé que dans les autres villes européennes", alerte les auteurs de l'enquête. 

"Ceci rend compte de la situation épidémiologique extrêmement préoccupante chez les jeunes HSH en France, pour lesquels a été observée, depuis dix ans, une augmentation conséquente des nouveaux diagnostics pour le VIH", précisent les chercheurs. 

Des conduites à risques "assez fréquentes" 

"Ceci témoigne d'un problème d'adhésion des plus jeunes à nos politiques de prévention", s'inquiète François Dabis, directeur de l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), dans l'éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire

L'étude Prevagay 2015 évoque aussi des conduites à risques "assez fréquentes" chez les jeunes hommes interrogés. Près du tiers d'entre eux ont eu au moins une relation non protégée – une proportion qui atteint deux tiers chez les séropositifs. L'enquête alerte aussi sur la consommation fréquente d'une grande quantité d'alcool ou de substances psychoactives.

Un chiffre "plus rassurant" cependant : 91,9% des participants à l'étude étant séropositifs avaient déjà été diagnostiqués, et 94,9% d'entre eux suivaient déjà un traitement. François Dabis rappelle qu'une bonne prise en charge "est décisive pour un contrôle marqué et durable de l'épidémie dans cette population-clé". 

Ces résultats doivent cependant "être relativisés", précisent les auteurs de l'enquête. Les personnes ayant accepté de répondre à l'étude "sont celles qui portent un intérêt aux questions de prévention" et "sont probablement plus susceptibles (...) de connaître leur statut sérologique", expliquent les chercheurs.