Un tiers des dentistes refuserait les séropositifs

Des militants de l'association AIDES ont contacté 440 cabinets dentaires (pour un détartrage), choisis aléatoirement dans 20 villes françaises, en mentionnant leur séropositivité. Résultats : un cabinet dentaire sur trois refuse de prendre le rendez-vous.

"Les refus de soins ne sont pas une légende", explique-t-on à AIDES, qui reçoit depuis de nombreuses années les témoignages de patients séropositifs victimes de ces discriminations. Et si le phénomène "a été identifié et décrit dans plusieurs rapports officiels", il reste pourtant mal documenté.

D’où l’idée d’effectuer un "testing" téléphonique. Il s’agissait comparer les réactions des dentistes, de gynécologues ou de leurs secrétaires médicaux "envers deux personnes ayant les mêmes caractéristiques sociodémographiques, suivant des scénarios identiques, mais se distinguant par leur statut sérologique pour le VIH, l’une annonçant sa séropositivité au téléphone, l’autre ne disant rien". L'acte médical demandé "ne [justifiait] pas d’orientation vers un médecin spécialiste, vers un plateau technique particulier ou vers un service d’urgences" : en l’occurrence un détartrage, et un frottis.

Le fait de préciser sa séropositivité VIH lors de la prise de rendez-vous "était justifié par les témoignages de personnes […] qui, trop souvent exposées à la stigmatisation et la discrimination de la part de professionnels de santé, préfèrent éviter un refus frontal face au médecin dans son cabinet".

3,6% de refus "frontaux"

Auprès des cabinets dentaires, les membres de l’association ont essuyé 16 refus "frontaux"(3,6% de l’effectif). Mais 132 autres refus ont été enregistrés "en invoquant des motifs douteux". Le testing fait état "de véritables stratégies de découragement induisant des refus de soins déguisés : horaires contraignants (en fin de journée) ; dépassements d'honoraires ; assurance de la solvabilité financière." Les praticiens réorientent alors les patients vers un service hospitalier ou un confrère, "prétextant un manque de connaissance de la pathologie et de sa prise en charge, un matériel non adapté ou la dangerosité des soins". Parmi les dentistes/secrétaires, 16,8 % (soit 74 sur 440) ont invoqué au moins un motif jugé discriminatoire. "Les pratiques de soin, l’accueil et la communication ont été conformes à la déontologie médicale", dans seulement six cabinets sur dix.

Les pratiques discriminatoires mises en évidence par ce testing sont, pour l'association, "d'autant plus inacceptables que les mesures de précautions standard, nécessaires et suffisantes, ont été maintes fois rappelées par diverses instances publiques et scientifiques."

Les recommandations en vigueur préconisent "le même protocole d'hygiène ou de désinfection pour tous les patients", insiste-t-on à AIDES. "Et pour cause : 20% des personnes séropositives ignorent être porteuses du VIH. Ce taux grimpe à 35% pour les personnes porteuses de l'hépatite C. La mise en place de traitements différenciés ou d'horaires aménagés pour les personnes séropositives n'a donc aucun fondement scientifique ou médical. Elle a pour seul effet de stigmatiser les personnes et de les décourager à recourir aux soins."

Refuser d’accorder un rendez-vous médical sans justification médicale ni orientation précise vers un confrère "est considéré comme une pratique illégale(1), contraire à la déontologie", rappelle enfin l’association, qui appelle à une meilleure formation des praticiens et à l’instauration d’une garantie systématique de soins et de sécurité pour chaque patient, quel que soit son statut infectieux connu ou présumé. Elle préconise plus généralement "d’élargir la définition légale des refus de soins à toute pratique discriminante ou stratégie de dissuasion, menant in fine au renoncement aux soins des patients."

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(1) AIDES souligne que l’article L1110-3 du code de la santé publique proscrit toute discrimination dans l’accès à la prévention et aux soins, sous peine de sanctions civiles et pénales : les professionnels de santé ne peuvent refuser de soigner une personne au motif de son "origine, sexe, situation de famille, état de santé, handicap, mœurs, orientation ou identité sexuelle […]" ou par le fait que cette personne bénéficie de la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire), de l’AME (aide médicale d’Etat) ou de l’ACS (aide à la complémentaire santé).

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