Seniors : une sexualité trop intense peut-elle affaiblir le coeur des hommes ?

ÉTUDE – Les hommes sexagénaires qui ont des relations sexuelles fréquentes présenteraient un risque accru de maladies cardiovasculaires, selon une étude publiée début septembre, qui montre une tendance inverse pour les femmes.

Les chercheurs ont analysé les données d'une enquête nationale menée auprès de 2.204 personnes des deux sexes, âgées de plus de 57 ans. Ces travaux ont été publiés en ligne dans le Journal of Health and Social Behavior.

Les participants étaient âgés de 57 à 85 ans au moment des premiers résultats de l'étude en 2005-2006. Des données supplémentaires ont été recueillies cinq plus tard. Le risque cardiovasculaire a été mesuré en terme d'hypertension, de rythme cardiaque accéléré et du taux d'une protéine dans le sang, dite C-réactive, qui mesure le niveau d'inflammation de l'organisme. Les auteurs ont également pris en compte le nombre de crises cardiaques, d'accidents vasculaires cérébraux et de défaillances du coeur dans les différents groupes.

Les hommes seniors qui avaient des rapports au moins une fois par semaine ont vu leur risque de subir un accident cardiovasculaire dans les cinq ans quasiment doubler par rapport à ceux qui étaient inactifs sexuellement. Ce risque n'a pas été constaté chez les femmes.

"Qui plus est, les hommes plus vieux qui rapportaient éprouver un plaisir "extrême" ou "satisfaisant" avec leur partenaire sexuelle avaient un risque cardiovasculaire encore plus grand", a constaté Hui Liu, professeure adjoint de sociologie à l'Université du Michigan, principal auteure de cette étude.

Selon elle, ces résultats suggèrent que le stress et les efforts demandés par une relation sexuelle sont plus éprouvants avec l'âge pour les hommes, alors qu'ils ont de moins en moins d'énergie et ont davantage de difficultés à avoir une érection ou à atteindre l'orgasme.

La diminution des taux de testostérone et le recours à des médicaments pour palier aux dysfonctionnements des fonctions sexuelles pourraient aussi contribuer aux problèmes cardiovasculaires masculins, postulent les chercheurs. Ils estiment probable "que de tels médicaments pour doper la libido [entrainent] des effets néfastes sur la santé cardiovasculaire des hommes seniors", tout en relevant qu'il existe à ce stade peu de données scientifiques pour le démontrer.

Au contraire, les femmes de la même tranche d'âge dont les rapports sexuels leur procurent des orgasmes "intenses" ou "satisfaisants" ont nettement réduit leur risque d'hypertension cinq ans après le début de l'étude, par rapport à celles qui n'avaient pas eu de plaisir. Ces chercheurs postulent, là encore, que les hormones libérées lorsqu’une femme a un orgasme pourraient avoir des effets bénéfiques sur sa santé.

"Ces résultats remettent en question l'idée largement répandue selon laquelle des rapports sexuels procurent des bienfaits pour la santé de tous, de façon égale", relève Hui Liu.

Les auteurs s’interrogent toutefois sur le fait que des hommes présentant des risques cardiovasculaires puissent juger la qualité de leurs ébats à l’aune d’attentes inférieures à celles de personnes en meilleure santé. Ceci pourrait expliquer, en partie, les résultats obtenus.

Etude source : Is Sex Good for Your Health? A National Study on Partnered Sexuality and Cardiovascular Risk Among Older Men and Women. Hui Liu. Journal of Health and Social Behavior. September 2016. doi: 10.1177/0022146516661597