Kisspeptine, une hormone pour stimuler le désir ?

(MILAN MARKOVIC / 72506345)

La kisspeptine est une hormone déjà connue pour son rôle dans la reproduction. D'après une étude récente, elle modulerait les comportements sexuels et pourrait même stimuler le désir. De là à traiter la baisse de libido, il y a un grand pas…

La kisspetpine stimule l'hypothalamus, le chef d'orchestre du système hormonal et augmente par ce biais la production d'hormones de la reproduction.

Les comportements sexuels, émotionnels et hormonaux étant intriqués les uns dans les autres, une équipe a cherché à savoir si elle pourrait avoir un effet sur le "système limbique" en réponse à des stimulations sexuelles et émotionnelles. Ce système situé dans le cerveau intervient dans les émotions et les comportements sexuels.

Les chercheurs ont mis en place un essai clinique randomisé[1], contre placebo et en double aveugle, portant sur 29 jeunes hommes hétérosexuels. Pour étudier le retentissement de la kisspeptine sur le système limbique, ils ont administré une injection intraveineuse d'hormone et l'ont comparé à l'injection d'un placebo. Les participants devaient remplir un questionnaire avant et après, et passer une IRM alors qu'ils regardaient des photos susceptibles d'entraîner des émotions et d'activer le système limbique. Ces photos représentaient des couples dans des circonstances sexuelles ou pas, puis des visages gais, tristes ou neutres.

Les zones sexuelles activées à l'IRM

L'injection a augmenté le taux sanguin de kisspeptine, qui atteint au bout de 30 minutes un plateau. En revanche, les chercheurs n'ont observé aucune augmentation de la testostérone, d'ocytocine, ou de cortisol, des hormones connues pour stimuler le système limbique. L'observation des images sexuelles a activé les zones clés du système limbique et paralimbique après l'injection de kisspeptine mais pas après celle du placebo.

Les images de couple, en situation non sexuelle, ont également augmenté l'activation des zones impliquées dans l'amour romantique (le thalamus et globus pallidus). L'amygdale gauche, particulièrement engagée dans les processus sexuels et émotionnels, était également concernée.

Dernière étape, les résultats d'IRM ont été corrélés à ceux des questionnaires sexuels. Ils suggèrent que l'hormone interviendrait dans le désir sexuel et dans le système de la récompense (qui provoque la sensation de plaisir) mais aussi la désinhibition sexuelle. Autre effet : elle stimulerait l'humeur positive.
 

[1] Kisspeptin modulates sexual and emotional brain processing in humans. Comninos. JCI. 2017;127(2):709–719. doi:10.1172/JCI89519.