"J'avais un sentiment d'échec total" : le burn-out, ce phénomène qui touche aussi les prêtres

Un prêtre tient dans sa main une hostie, à Nancy (photo d\'illustration)
Un prêtre tient dans sa main une hostie, à Nancy (photo d'illustration) (MAXPPP)

Le burn-out ne touche pas seulement le monde de l'entreprise : de plus en plus de prêtres sont concernés. franceinfo a rencontré le père Arnaud, victime de surmenage il y a quelques années.

"Ne pas arriver à me lever, alors qu'on vient de sonner", "dire la messe de manière automatique", "avoir peur de ne pas arriver à célébrer les grandes fêtes comme Noël ou Pâques"... Un jour, le père Arnaud dit stop. À sa sortie du séminaire en 2008, après six ans d'études, le jeune prêtre avait été envoyé dans la région d'Amiens, où il a 59 églises à sa charge. Pendant près de trois ans, il parcourt seul entre 20 000 et 35 000 kilomètres chaque année... jusqu'au burn-out.

Plus de 2 000 prêtres aidés par des coachs

Surmené, pris d'angoisse, comme "bloqué", le père Arnaud rédige alors une lettre à son évêque pour lui expliquer son mal-être et son besoin d'arrêter. "Ça s'est fait dans les larmes, raconte-t-il aujourd'hui. J'avais un sentiment d'échec total et ressentais une grande souffrance." En seulement vingt ans, le nombre de prêtres en France a été divisé par deux. On n'en compte aujourd'hui plus que 15 000, qui vivent parfois difficilement l'augmentation logique de leur charge de travail. 

On m'a dit : 'Si vous étiez dans le monde de l'entreprise, il y a longtemps que vous seriez arrêté pour burn-out'le père Arnaudà franceinfo

Il faudra plus d'un an de thérapie au père Arnaud pour se reconstruire. Aujourd'hui installé au sanctuaire de Lisieux (Calvados), le prêtre est "en sortie de crise". Sa charge de travail s'est considérablement réduite et ses responsabilités sont moins importantes.

Des formations au management

Son cas n'est pas isolé au sein de l'Église catholique. "Souvent, ce burn-out est également à mettre en résonance avec des histoires familiales et personnelles", relativise toutefois le père Jean-Marie Onfray, responsable des questions de justice et de santé pour la Conférence des évêques de France. Je ne veux qu'on dise que le métier de prêtre est un métier épuisant."

Aujourd'hui, des réseaux catholiques de conseil viennent en aide bénévolement à plus de 2 000 prêtres, leur proposant des séances de coaching individuel ou collectif, notamment pour mieux communiquer avec leurs confrères ou leurs supérieurs. Quant à l'Église, elle tente d'agir dès la formation des diacres grâce à des cours de management, qui abordent des "questions techniques de gestion du temps", selon les mots du père supérieur Emmanuel Goulard, responsable du séminaire Saint-Sulpice, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) : "Ce sont des conseils qui viennent du monde de l'entreprise, mais que l'on adapte à la vie d'une paroisse."

On apprend aussi aux futurs prêtres à déléguerle père supérieur Emmanuel Goulardà franceinfo

À la sortie d'un de leurs cours, les futurs prêtres n'éludent pas le sujet. "Vigilant", Victor, âgé de 25 ans, ne veut toutefois pas "être obnubilé" par la perspective d'un éventuel burn-out. "Il ne faut pas en avoir peur, au point de ne plus rien faire", conclut-il. Pour l'Église, enrayer ce phénomène est un enjeu est de taille... d'autant que la crise des vocations se fait toujours plus sentir : en France, deux prêtres sur trois sont âgés de plus de 65 ans.