Risque nucléaire : le périmètre de distribution d'iode est-il suffisant ?

Depuis janvier 2016, si vous habitez près d'une centrale nucléaire, vous avez dû recevoir un bon pour retirer des comprimés d'iode en pharmacie. Ces distributions ont lieu tous les sept ans, soit la durée de validité de l'iode. Ainsi, 400.000 foyers situés dans un rayon de 10 kilomètres autour des centrales sont concernés. Un périmètre trop restreint pour les habitants qui habitent juste au-delà.   

En cas d'accident nucléaire, l'ingestion d'iode stable (iodure de potassium) est un moyen "simple et efficace" de protéger la thyroïde contre les effets de l'iode radioactif qui pourrait être rejeté dans l'environnement et qui est susceptible d'entraîner des cancers, souligne l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

"Il ne s'agit pas seulement d'une campagne de distribution d'iode mais aussi d'une campagne d'information sur le risque nucléaire", selon Alain Delmestre, directeur général adjoint de l'ASN. La campagne de distribution concerne les personnes et les collectivités (écoles, entreprises, administrations etc.) situées dans un rayon de 10 kilomètres autour des 19 sites nucléaires d'EDF. Cela représente environ 400.000 foyers et 2.000 établissements recevant du public, répartis sur 500 communes.

Ces comprimés d'iode sont gratuits car c'est EDF qui les prend en charge. C’est seulement en cas d’accident nucléaire et sur ordre du préfet qu’ils les prendront. Une règle qui s’applique partout en France.

Près de cinq ans après la catastrophe de Fukushima, "on sait qu'un accident nucléaire est possible en France, même si ce n'est pas quelque chose de probable, loin de là", déclare M. Delmestre. "Ce que l'on souhaite, c'est pouvoir faire progresser la conscience du risque dans l'opinion publique, en tout cas pour les populations qui vivent à côté des centrales nucléaires. Il y a des choses à faire, il y a des choses à connaître et il y a des principes à mettre en place", dit-il.

Au-delà d'un rayon de dix kilomètres, il existe des stocks départementaux de pastilles d'iode qui pourraient être acheminés aux populations en cas de besoin, rappelle Alain Delmestre, chargé du comité de pilotage de la campagne.

Ce périmètre est-il suffisant ? Certains habitants en doutent. C’est le cas à Dieppe, ville voisine de la centrale de Penly. Dieppe n’est pas dans le PPI, le plan particulier d’intervention. Il n’y a donc pas de campagne d’information, pas d’exercice d’évacuation et bien sûr pas d’iode. Pour Françoise qui habite à Dieppe, ce plan particulier d’intervention "doit absolument être élargi, d’autant plus que, comme on dit, cela dépend du vent". 

L'Association nationale des comités et commissions locales d'information (ANCCLI), qui représente depuis 2000 la société civile à toutes les discussions officielles portant sur le nucléaire en France, soutient cette demande. Pour Jean-Claude Delalonde, président de l'ANCCLI, "Fukushima prouve qu’on est dans un rayon de 50, 60, 80, 100 km qui posent problème. Aujourd’hui, les autorités de sûreté nucléaire au niveau européen sont unanimes pour dire qu’il faut se prémunir jusqu’à 80 km et 100 km. Cela ne veut pas dire distribuer des comprimés jusqu’à 100 km, mais il faut qu’on ait un dispositif bien étudié, bien expliqué, bien appréhendé avec les populations, avec les autorités dans un rayon qui peut aller jusqu’à 80 km."

Pour la centrale de Penly, si le plan particulier d’intervention est élargi à 75 km, cela signifie qu’il concernerait 1,3 million de personnes contre 58.000 actuellement. En France, si cette mesure est appliquée à toutes les centrales, elle permettrait de mieux protéger contre le risque nucléaire 36 millions d’habitants contre 1 million seulement aujourd’hui.  

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