Solutions de répit, "relayage", indemnités : le gouvernement annonce un plan pour permettre aux aidants de souffler

La maison de répit de Tassin-la-Demi-Lune près de Lyon, le 18 juin 2019.
La maison de répit de Tassin-la-Demi-Lune près de Lyon, le 18 juin 2019. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Cette "première stratégie" annoncée par le gouvernement sera dotée de 400 millions d'euros pour la période 2020-2022, pour accompagner les aidants qui s'occupent au quotidien d'un proche malade, âgé ou handicapé.

Ils racontent tous la même fatigue, leur épuisement, au point même de négliger leur propre santé. C'est arrivé à Guy Alboussière, président de l'association Avec nos proches. Pendant des années, il a aidé sa femme, désormais décédée, qui souffrait de grave insuffisance respiratoire. "Il y avait des soins infirmiers à faire un peu près toutes les deux heures, raconte Guy. Ça veut dire que je ne pouvais pas dormir plus de deux heures de suite, jour et nuit. Et au bout de trois ans, j'ai complètement craqué physiquement. Je ne pouvais plus rien faire."

Les aidants sont entre 8 et 11 millions en France, à soutenir au quotidien un proche malade ou handicapé. Pour accompagner ces situations souvent dramatiques, un plan national a été présenté mercredi 23 octobre. Edouard Philippe a rappelé que le budget de la sécurité sociale 2020 prévoit d'indemniser à hauteur de 40 à 50 euros par jour les aidants qui souhaiteraient prendre un congé de trois mois.

Lieux de répit et "baluchonnage"

Pour permettre aux proches de souffler, il existe des lieux de répit. La personne handicapée ou malade est accueillie quelques jours. Une solution qu'il faut maintenant généraliser, a expliqué le Premier ministre mercredi, lors d'un déplacement à Chamarande (Essonne). "Nous voulons les développer, créer 10 000 nouvelles places et ainsi doubler le nombre de ceux qui pourront avoir accès à ce répit, c'est-à-dire, au fond, permettre à 160 000 aidants supplémentaires de bénéficier de ce qui est indispensable s'ils veulent pouvoir continuer à vivre". 

Précisant que 105 millions d'euros seront consacrés à ces solutions de répit pour 2020-2022, la secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées Sophie Cluzel a annoncé sur France Inter la création en 2020 d'une "plateforme de répit" pour donner aux aidants des solutions d'accueil pour leur proche. Les aidants "nous demandent de pouvoir souffler, pouvoir prendre un week-end", a développé la secrétaire d'Etat, qui évoque également la solution du "relayage". Ce relayage ou "baluchonnage" consiste à faire venir un professionnel plusieurs jours consécutifs au domicile de la personne aidée, ce qui permet à son proche de prendre du repos. Ce dispositif devrait être étendu à tous les départements. 

Une plateforme numérique baptisée "Je réponds aux aidants" répertoriant les adresses d'associations et les aides existantes sera donc mise en place d'ici un an, ainsi qu'un numéro de téléphone unique

Création d'une indemnité journalière

Cette "première stratégie", dotée de 400 millions d'euros pour la période 2020-2022 précise le gouvernement, doit permettre "d'accompagner ceux qui aident" et "au fond, de changer le regard sur eux". Selon les chiffres officiels, 8,3 millions de personnes en France aident régulièrement un proche en perte d'autonomie. Selon les associations, ils seraient plutôt de l'ordre de 11 millions.

Pour les salariés qui représentent 60% de ces aidants, Sophie Cluzel a rappelé la création à partir d'octobre 2020 d'un congé indemnisé de trois mois, fractionnables.
Les aidants salariés qui prennent des jours pourront ainsi être indemnisés par la Sécurité sociale à hauteur de 43 euros par jour pour une personne en couple, 52 euros pour une personne isolée. Environ 200 000 personnes pourraient y prétendre. Cette indemnité comptera pour la retraite et ne sera pas pénalisable pour les droits au chômage.

Accompagner les jeunes aidants

Un dernier volet que le gouvernement souhaitait aborder concerne les jeunes aidants. Ils sont 500 000 en France à l'image de Martin. Élève de terminale, son père est gravement handicapé depuis un accident de la route survenu lors de ses 16 ans. Il lui est très difficile de concilier sa vie d'aidant et sa vie de lycéen : "J'ai beaucoup d'absences liées à l'épuisement que provoque le fait d'être aidant et donc je me retrouve souvent chez moi sur des horaires de cours". 

C'est vraiment une sensation de se lever avec une enclume d'une ou deux tonnes sur soi.Martin, aidant et élève de terminaleà franceinfo

"La fatigue, tout simplement de rester concentré en permanence quand on est chez soi, au cas où il arrive quelque chose. Dans mon cas, mon père, s'il tombe par exemple, il ne peut pas se relever tout seul. Sachant qu'à une époque, il pouvait faire des crises d'épilepsie. Du coup, être perpétuellement concentré, au bout d'un moment c'est dur et ça crée une certaine tension," confie l'adolescent. 

Le gouvernement entend donner aux établissements des possibilités d'aménager la scolarité des élèves et des étudiants qui sont aidants, être plus tolérants par exemple sur les absences, ou encore pouvoir modifier les conditions d'examen.

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