Projet de loi santé : le gouvernement "se moque du monde", affirme le président de la Fédération des médecins de France

Le président de la Fédération des médecins de France Jean-Paul Hamon, à l\'Élysée à Paris, le 18 septembre 2018.
Le président de la Fédération des médecins de France Jean-Paul Hamon, à l'Élysée à Paris, le 18 septembre 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le docteur Jean-Paul Hamon accuse le gouvernement "d'avancer à marche forcée avec une concertation minimale" sur le projet de loi santé présenté en Conseil des ministres mercredi.

"Sincèrement, je suis extrêmement inquiet à propos de ce projet de loi", a affirmé mercredi 13 février le docteur Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président de la Fédération des médecins de France (FMF), à franceinfo. Il critique le projet de loi "Ma santé 2022", présenté en Conseil des ministres mercredi. Numerus clausus et hôpitaux de proximité sont au programme de cette réforme.

franceinfo : Que pensez-vous du projet de loi santé présenté en Conseil des ministres ?

Jean-Paul Hamon : Le gouvernement avance à marche forcée avec une concertation minimale. Il nous a présenté le projet de loi dans une conférence téléphonique. Les Français méritent d'avoir un médecin traitant, que leurs soins non programmés soient pris en charge avec une coordination territoriale. Quand on exige de vous en échange de personnel qu'on fasse six consultations dans l'heure pour avoir un assistant médical, quand on exige de vous de s'organiser territorialement pour 22 centimes par an et par habitant pris en charge, là je pense sincèrement qu'on se moque du monde.

Vous parlez de ces 4 000 postes d'assistants médicaux qui doivent être créés d'ici à 2022, c'est là-dessus que les négociations entre l'assurance maladie et les syndicats de libéraux achoppent ?

Il n'y a pas que là-dessus, mais quand on nous a proposé d'augmenter notre "productivité", et ce sont les termes de Nicolas Revel (directeur général de la Caisse nationale de l'Assurance maladie), qui nie l'avoir dit, mais il a écrit dans un document qu'il nous a donné qu'on devait passer de trois à six consultations dans l'heure. Il y a une volonté de ne mettre aucun moyen sur la médecine libérale et une volonté de ne pas se concerter. Sincèrement, je suis extrêmement inquiet à propos de ce projet de loi.

La réforme des études de santé vise à augmenter de 20% le nombre de médecins formés. Qu'en pensez-vous ?

Les étudiants en médecine ne savent pas ce qui va se passer pour leurs études. La réforme du troisième cycle n'est pas aboutie. Soit disant, 20% d'étudiants en plus vont être formés. Je n'ai pas entendu dire qu'ils avaient augmenté de 20% le nombre de professeurs, ni qu'ils avaient agrandi les amphis où, je le rappelle, un étudiant sur deux voit un professeur sur un écran. Dans le meilleur des cas, s'il y avait 20% de médecins en plus, ce sera dans 12 ans, car il faut 12 ans pour former un médecin.

Comment faire face aux déserts médicaux ?

En incitant les internes qui sont en troisième cycle à s'installer. Qu'ils découvrent une médecine libérale qui est agréable à exercer, mais il faut le faire dans de bonnes conditions, avec du personnel, des locaux corrects.

Ce projet de loi vise à installer des "hôpitaux de proximité", pour y faire des analyses, mais pas d'opérations. Est-ce un danger à vos yeux ?

Il faudrait que le gouvernement travaille et arrête de faire des effets d'annonce. Il doit se préoccuper de la désertification galopante qui gagne la France. Il manque des moyens, il faut transférer l'argent. Les Français payent 35 milliards d'euros de mutuelle chaque année, avec 8 milliards de frais de gestion, les hôpitaux doivent rembourser une dette de 29 milliards et on leur demande d'être rentables ? Est-ce que vous pensez que c'est avec ça qu'on va réformer l'accueil aux urgences ? Il faut remettre le système à plat. J'attendais de ce gouvernement que l'on fasse une vraie réforme. Notre pays en a besoin tant la désertification est criante, tant le malaise dans les hôpitaux est incroyable.

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