Perturbateurs endocriniens : des pesticides "fabriqués par l'industrie chimique allemande" exclus par la nouvelle définition

La Commission européenne à Bruxelles, le 30 novembre 2011. (Photo d\'illustration)
La Commission européenne à Bruxelles, le 30 novembre 2011. (Photo d'illustration) (MAXPPP)

François Veillerette, directeur de l'association Générations Futures qui lutte contre les pesticides, espère que Nicolas Hulot pourra "faire en sorte que la France refuse la proposition de critères proposée par la Commission européenne".

Les experts des Etats membres de l'Europe se rencontrent mardi 30 mai à Bruxelles, pour tenter de se mettre d'accord sur la définition du terme de "perturbateurs endoctriniens", suggérée par la Commission européenne. Il s'agit de la cinquième tentative de définition en moins d'un an : les propositions précédentes n'avaient pas permis à Bruxelles de rassembler la majorité qualifiée parmi les Etats européens.

Pour François Veillerette, directeur de l'association Générations Futures qui lutte contre les pesticides, la nouvelle proposition de la Commission est encore insuffisante. "On a l'impression qu'elle organise le maintien sur le marché de substances dangereuses pour la santé et pour l'environnement. C'est proprement inacceptable", a-t-il confié mardi sur franceinfo.

franceinfo : Quels sont les défauts de cette nouvelle définition ?

François Veillerette : Pour l'instant, la définition proposée par la Commission européenne a deux gros défauts. Premièrement, le niveau de preuve demandé pour les effets sur la santé humaine est beaucoup trop élevé. Malheureusement, la science sur les perturbateurs endocriniens est assez récente, et parfois il est impossible de montrer la relation de cause à effet entre l'exposition aux perturbateurs endocriniens et les effets néfastes sur la santé, parce qu'on ne connaît pas les modes d'action.

Il faudrait donc se satisfaire d'un lien de plausibilité entre l'exposition aux perturbateurs endocriniens et l'effet négatif, et ne pas demander une preuve de cause à effet à 100% de certitude.François Veillerette, directeur de l'association Générations Futuresà franceinfo

Il y a un deuxième gros défaut dans la définition telle qu'elle est proposée aujourd'hui : elle prévoit d'exclure de l'interdiction des produits [pesticides], qui sont pourtant dangereux pour l'environnement. Tout simplement parce qu'ils ont été construits pour lutter contre des insectes nuisibles en agissant sur leur système endocrinien. C'est une exemption, il ne faut pas se leurrer, qui a été obtenue par l'Allemagne pour protéger un certain nombre de produits qui sont fabriqués par l'industrie chimique allemande.

Y a-t-il une petite chance que la France adopte cette définition ?

Il y a eu quelques petits progrès dans la dernière version, mais ça nous semble encore un peu trop strict. Cela va exclure tout un tas de substances, qui ne devraient pas être réautorisées, et qui pourraient rester sur le marché si on ne faisait pas évoluer ce texte. Le but de cette législation sur les pesticides, qui gère la question des perturbateurs endocriniens, n'est pas de maintenir à tout prix des produits dangereux sur le marché, elle est au contraire de protéger la santé publique et l'environnement. On a l'impression qu'elle [la Commission européenne] organise le maintien sur le marché de substances dangereuses pour la santé et pour l'environnement. C'est proprement inacceptable. On espère vraiment que Nicolas Hulot pourra peser de tout son poids pour remporter des arbitrages et faire en sorte que la France refuse la proposition de critères proposée par la Commission européenne.

Est-ce que cette rencontre fait office de test pour le nouveau ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot ?

Oui, c'est un vrai test parce que c'est une vraie décision, avec de lourds enjeux derrière au niveau européen. Il y a l'industrie chimique allemande et les intérêts industriels importants, et des intérêts sanitaires de l'autre côté. Les coûts sanitaires des perturbateurs endocriniens, c'est plus de 150 milliards d'euros par an, pour la seule Europe. C'est donc considérable. Pour Nicolas Hulot, c'est un premier vrai test, en vraie grandeur, sur les marges de manoeuvre qu'il aura dans son ministère. On compte vraiment sur lui pour continuer la politique qui avait été mise en place par Ségolène Royal qui, sur ces sujets, avait été parfaite.


François Veillerette (Générations Futures... par franceinfo