Marche blanche à Die contre la fermeture de la maternité : "Ils se trompent de combat", selon un représentant des gynécologues

Devant la maternité de Port-Royal, à Paris
Devant la maternité de Port-Royal, à Paris (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Le docteur Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France, a estimé ce samedi sur franceinfo que les petites maternités sont "particulièrement dangereuses".

Environ 500 personnes ont manifesté samedi 2 mars devant l'hôpital de Die dans la Drôme, pour demander la réouverture de la maternité fermée en 2017, rapporte France Bleu Drôme Ardèche. Un bébé est mort in utero le 18 février dernier aux urgences de l'hôpital. Pour Philippe Deruelle, ces habitants "se trompent de combat".

franceinfo : Que pensez-vous de la marche blanche organisée ce samedi ?

Dr Deruelle : Les raisons profondes pour lesquelles ils manifestent ne sont malheureusement pas les bonnes. Ces petites maternités, on sait qu'elles sont particulièrement dangereuses. Il y a des données scientifiques qui le montrent et c'est problématique de les laisser ouvertes. Il faut qu'on repense complètement le modèle obstétrical qui a été centré autour des maternités sans classer les patientes "à risque" ou "pas à risque". On proposait une offre de soins qui était extrêmement large à toutes les patientes, qui était trop large (...) Chaque fermeture doit être accompagnée pour ne pas mettre en danger les patientes en les mettant sur la route de façon inconsidérée. C'est aux pouvoirs publics, au gouvernement, d'accompagner correctement ces fermetures et de mettre en place des procédures qui permettent de lever les craintes de ces femmes.

Comprenez-vous leur colère ?

Cela fait trop longtemps que les politiques locaux luttent de façon acharnée contre ces fermetures plutôt que d'essayer de bien organiser les choses. On s'est arc-bouté autour de ces petites structures. Aujourd'hui, on est en train de fermer toutes ces structures. Pour les gens, c'est extrêmement brutal. Cela se passe dans un contexte de diminution des services publics autour d'eux, donc ils ont l'impression d'être abandonnés et ne pas être bien accompagnés. Je comprends que cela soit très difficile pour eux. D'un autre côté, on va avoir des accidents en laissant ces structures ouvertes qui sont gérées la plupart du temps par des mercenaires dont on ne connaît pas toujours la qualité des soins qu'ils sont capables de donner.

Qui sont ces mercenaires ?

Il n'y a pas de profil type. Ce sont souvent des gens qui viennent de l'étranger qui ont fait leur formation ailleurs qu'en France. Ils sont souvent attirés par des salaires plus élevés, en tout cas, des gardes qui sont mieux payées. C'est à ce prix-là que fonctionnent ces structures. Il faut arrêter la langue de bois. Une garde va être payée deux à trois plus cher dans ces petites structures justement pour les faire tourner avec des gens qui sont pris comme ça sans que l’on connaisse leur qualification.

Pourquoi y a-t-il des accidents dans ces petites structures ?

Parce que les plateaux techniques en place n'étaient pas suffisants pour des situations à risque qui ont été mal évaluées en amont. Ils savent le faire en Suède, dans les pays scandinaves. Pourquoi ne serions-nous pas capables de le faire ? Ils ont de grandes distances, des routes parfois très compliquées, verglacées. Ils sont capables de le faire, mais nous n'avons pas pensé les choses. Il faut vraiment qu'on le fasse. Et il y a urgence de le faire de façon très rapide.

Les habitants de Die se trompent-ils de combat ?

Exactement, ils se trompent de combat. Il faut nous accompagner sur le combat des moyens à mettre en œuvre pour que cette population ait une prise en charge qui soit parfaitement assurée et parfaitement sécuritaire dans des structures qui ne sont pas forcément des grosses structures.

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