L'Assemblée Nationale renonce à l'interdiction du glyphosate

L\'Assemblée Nationale renonce à l\'interdiction du glyphosate
L'Assemblée Nationale renonce à l'interdiction du glyphosate

L’Assemblée nationale vient de rejeter des amendements visant à interdire toute utilisation du glyphosate d’ici trois ans. Un vote qui s'oppose aux dernières déclarations d'Emmanuel Macron sur le sujet. 

Alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé, le 27 novembre 2017, à ce que "l ‘utilisation du glyphosate soit interdite en France (…) au plus tard dans trois ans", l’Assemblée nationale a rejeté, cette nuit, les amendements proposés en ce sens dans le cadre de l’examen du projet de la loi Agriculture et alimentation.

"Ne rien faire contre le pire de l'agriculture"

"C’est un terrible gâchis", a commenté Yannick Jadot, député européen Europe-écologie-Les-Verts, interrogé mardi 29 mai sur France Inter. "C’est le lobby de l’industrie concentrationnaire qui a dicté la loi et qui a gagné contre la société, contre la santé, contre l’environnement et contre tous les paysans", s’est-il insurgé.

Interrogé sur la position du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, qui, pour justifier le rejet des amendements, a indiqué que le glyphosate ne serait interdit que lorsque des alternatives à son utilisation auront été trouvées, Yannick Jadot a rétorqué : "la position du ministre de l’Agriculture, depuis qu’il a été nommé, c’est de ne rien faire contre l’agrochimie, de ne rien faire contre le pire de l’agriculture". Une position d’autant plus inquiétante que "le drame que vit notre biodiversité c’est un anéantissement biologique", souligne l’élu, qui rappelle que " 80% des insectes ont disparu en 30 ans". Selon lui, "on donne la transition agricole à la direction de la FNSEA et à Monsanto". 

Le glyphosate, un herbicide aux effets cancérogènes incertains

Pourtant, la cancérogénicité du glyphosate, herbicide le plus utilisé en France, fait l’objet d’intenses débats au sein de la communauté scientifique.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait classé l’herbicide comme cancérogène probable pour l’Homme. Le 12 novembre 2015, un rapport de l’Agence européenne de sécurité des aliments indiquait que ce risque cancérogène était "improbable dans les conditions actuelles d’usage et d’exposition" au glyphosate. Une expertise remise en cause quelques jours plus tard après qu’il a été révélé que certains passages du rapport étaient des copiés-collés de documents publiés par les industriels de l’agrochimie. Mais corroborée par un avis de l’Anses du 12 février 2016. Selon l’instance sanitaire, en effet, "le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’Homme est considéré comme relativement limité". Dans cet avis, l’Anses précise, cependant, que " la classification en (…) substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme, peut se discuter" et, surtout, elle indique que " les co-formulants contenus dans les préparations à base de glyphosate soulèvent des préoccupations."

Enfin, le 9 novembre dernier, une vaste étude américaine, menée pendant 20 ans sur 50.000 travailleurs agricoles aux États-Unis, n’est pas parvenue à établir de lien statistique entre exposition au glyphosate et cancers, qu'il s'agisse de tumeurs ou de cancers du sang. Un risque accru de leucémie myéloïde chronique aigüe a, cependant, été mis en évidence par l’étude dans le groupe d’agriculteur le plus exposé, risque qui demandait à être confirmés par d’autres études, selon les chercheurs.