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On vous résume la polémique entre les partisans et les opposants à l'homéopathie en 6 actes

Des tubes de granules d'homépathie, en 2018. (LOIC VENANCE / AFP)

Deux facultés de sciences ont décidé de ne plus enseigner l'homéopathie, après une tribune au vitriol de médecins qui accusent cette discipline d'être pratiquée par "des charlatans en tout genre".

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Un débat qui n'est pas près de s'apaiser. Après Lille, la faculté d'Angers (Maine-et-Loire) a décidé à son tour de supprimer son diplôme universitaire (DU) d'homéopathie, a annoncé sur Twitter le vice-doyen de la fac, vendredi 7 septembre.

"Pour le remplacer, un diplôme en réponse à la demande de soins non-conventionnels des patients est en projet", a expliqué la faculté contactée par franceinfo.

Depuis plusieurs mois, les tensions sont fortes entre médecins détracteurs de l'homéopathie et ceux qui y sont favorables. Franceinfo fait le point sur cette controverse au sein du corps médical.

Acte 1 : une tribune au vitriol contre l'homéopathie

L'homéopathie, qui n'a pas été évaluée scientifiquement, consiste à administrer des substances en quantité infinitésimale. Certains médicaments sont remboursés à hauteur de 30% par l'assurance-maladie. Mais cette technique appréciée des Français est vivement attaquée dans une tribune signée d'un collectif de 124 médecins, et publiée dans Le Figaro, le 19 mars.

Ce texte qualifie l'homéopathie de "discipline ésotérique". Les signataires estiment qu'elle est pratiquée "par des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l'efficacité illusoire".

Les médecins de la tribune demandent aux pouvoirs publics de "ne plus reconnaître" ces pratiques comme médicales, de ne plus les enseigner dans les formations et de ne plus les rembourser.

Acte 2 : des médecins homéopathes portent plainte

Cette tribune fait sortir de leurs gonds les médecins homéopathes. Dès la fin du mois de mars, l’Union collégiale, un syndicat non-représentatif de médecins, dépose une soixantaine de plaintes disciplinaires devant l'Ordre des médecins contre des signataires de ce texte. Elle dénonce "une agression idéologique", ainsi qu'une "tribune insultante et anti-confraternelle".

Puis, le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), qui regroupe la majorité des 5 000 médecins exerçant l’homéopathie à titre principal lui emboîte le pas. Le SNMHF "a déposé des plaintes à l’encontre, à ce jour, d’une soixantaine de médecins, par vague de dix, devant les conseils départementaux de l’ordre où ils exercent", précise Le Monde (article abonné).

Acte 3 : l'Ordre des médecins prend ses distances

Quelques mois plus tard, l'Ordre des médecins s'engage dans le débat. Il publie, mardi 19 juin, une "mise au point" sur l'homéopathie, qu'il a rangée dans les pratiques "non éprouvées" par la science, et qu'il ne reconnaît pas comme spécialité.

L'utilisation médiatique des termes de 'médecines alternatives et complémentaires', concernant notamment l'homéopathie, entretient une ambiguïté qui est source de confusion.Le Conseil national de l'Ordredans un communiqué

Sans prendre position sur la question du remboursement, l'Ordre dit clairement que l'homéopathie ne doit jamais être le premier remède proposé. "Tout médecin doit exercer la médecine conformément aux données acquises de la science, tant dans l'élaboration du diagnostic que dans la proposition d'un traitement", écrit-il.

Acte 4 : la Haute Autorité de santé se saisit du dossier

Pour trancher le débat, le ministère de la Santé saisit, dans un courrier daté du 1er août, la Haute autorité de santé (HAS). L'objectif : évaluer l'efficacité de l'homéopathie et le bien-fondé de son remboursement.

Cet avis devra prendre en compte "leur efficacité et leurs effets indésirables, leur place dans la stratégie thérapeutique" et "l'intérêt pour la santé publique de ces produits", précise le courrier. Son avis est attendu d'ici à la fin février 2019.

Acte 5 : la faculté de Lille suspend son diplôme d'homéopathie

De son côté, la faculté de médecine de Lille décide de prendre les devants. Le 31 août, elle annonce suspendre son diplôme d'homéopathie pour l'année universitaire 2018-2019. Une nouvelle que confirme son doyen, le 2 septembre, dans "l'attente de la position" de la Haute Autorité de santé (HAS).

"Force est de constater que nous enseignons une médecine fondée sur les preuves – on tient à une rigueur scientifique, absolue –, et force est de constater qu'en parallèle l'homéopathie n'a pas évolué, que c'est une doctrine qui est restée en marge du mouvement scientifique, que les études sont rares sur l'homéopathie, qu'elles sont peu solides, maintenir notre enseignement serait le cautionner", explique-t-il.

Une décision saluée par le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) . Dans un tweet, elle "appelle les autres facultés à suivre le même chemin". En 2009 déjà, la faculté de Bordeaux avait renoncé à cet enseignement.

Acte 6 : des doyens de facultés plaident pour la poursuite de l'enseignement

Mais même au sein des doyens des facultés de médecine et de pharmacie, la question divise. Dans un communiqué mis en ligne jeudi 6 septembre, les patrons de la réunion des doyens de ces facultés et des présidents d'université estiment à propos de l'homéopathie et des "médecines alternatives" que "l'université doit être le seul garant de la qualité d'une formation qui est indispensable pour comprendre et connaître" leur intérêt, mais aussi leurs limites. L'appel n'a pas été entendu par la faculté des sciences d'Angers, puisqu'elle a décidé d'arrêter son DU d'homéopathie.