Déserts médicaux : "On s'attendait à un véritable plan Marshall, à des mesures beaucoup plus fortes"

Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France.
Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France. (GARO / PHANIE)

Le plan pour lutter contre les déserts médicaux est "notoirement insuffisant", a jugé vendredi sur franceinfo Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, estimant que le gouvernement a "compris le problème", mais pas son "ampleur".

"La France est en train de devenir un désert de médecins libéraux" et pour y remédier, "on s'attendait à un véritable plan Marshall et à des mesures beaucoup plus fortes", a déclaré vendredi sur franceinfo Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France.

franceinfo : Quels sont vos demandes principales pour lutter aujourd'hui contre les déserts médicaux ?

Jean-Paul Hamon : Il faut redonner de l'attractivité à la médecine libérale. On réclame trois milliards pour cela. Il faut faire en sorte que le médecin travaille avec un secrétariat et dans des locaux corrects ; il faut aussi inciter les internes à faire leur stage en zone démographiquement faible en doublant leurs salaires. Ca a été fait en Corse, ça fonctionne. On demande donc la même chose pour les DOM et pour les zones démographiquement faibles. Ce n'est pas compliqué, ça ne coûte pas cher. Nous demandons aussi à ce qu'il y ait 15 000 maîtres de stage. Hors, on entend Edouard Philippe qui propose la création de 500 places de stage alors qu'il en faut 6 000 à 7 000, on est extrêmement déçu car ils n'ont pas saisi l'ampleur du désastre qui se prépare.

La France n'a jamais compté autant de médecins qu'aujourd'hui, mais les déserts médicaux se multiplient. Où vont nos médecins ?

Généralement dans le salariat. Aujourd'hui, sur 100 médecins diplômés, seulement neuf s'installent en première année en libéral. Aujourd'hui il faut des installations rapides, donc on a proposé qu'il y ait une couverture sociale et maternité identique à celle des salariés au moins les cinq premières années. (...) Mais au moins Edouard Philippe a dit quelque chose de positif : il a compris qu'il ne fallait pas de coercition. Si on instaure une coercition, les jeunes ne s'installent jamais en libéral et vont rester dans le salariat qui sera beaucoup plus intéressant. 

On pense souvent aux zones rurales quand on parle de déserts médicaux. Quelle est la situation à Paris ?

Paris est un futur désert médical. Paris a perdu 20% de ses médecins généralistes en 10 ans. Il faut impérativement encourager les médecins à regrouper leurs fichiers pour prendre l'habitude de travailler ensemble et ensuite se regrouper, mais pas forcément dans des maisons de santé. En zone hyper-urbanisée, il est délicat de trouver 400-500 m2 en accessibilité pour des professionnels. Ce que je défends en zone urbaine, ce sont des regroupements comme celui dans mon groupe médical : on est cinq médecins généralistes, on a 240 m2, on a un secrétariat permanent. Il faut encourager ces regroupements, mais sans être obligé de se regrouper dans des maisons hypertrophiés, qui seront très durs à organiser en zone urbaine.

Augmenter le nombre d'actes simples que peuvent assurer d'autres professionnels de la santé est-ce une bonne idée selon vous ?

Vouloir réduire la consultation d'un médecin à une prise de tension et un renouvellement d'ordonnance c'est ne pas connaître le métier. (...) Donc heureusement Agnès Buzyn a compris qu'il ne fallait pas supprimer les actes simples pour les médecins généralistes et les médecins libéraux en général. Elle a compris que la médecine était une prise en charge globale. Rien que quand vous serrez la main d'un patient et que vous voyez le lever dans la salle d'attente vous apprenez beaucoup dans sur son état de santé. Donc arrêtons de vouloir saucissonner la médecine. Donnons des moyens aux médecins libéraux d'accueillir correctement les patients.