Remboursement des consultations chez le psychologue : le « oui, mais » des professionnels

Remboursement des consultations chez le psychologue : le « oui, mais » des professionnels
Remboursement des consultations chez le psychologue : le « oui, mais » des professionnels (© photo Vadimguzhva/iStock)

L’Assurance maladie expérimente, dans quatre départements, un système de prise en charge totale de consultations chez un psychologue pour les personnes souffrant de troubles en santé mentale légers à modérés. Mais les psychologues auraient aimé être plus consultés dans la mise en oeuvre du projet. 

Des consultations chez le psychologue remboursées par l’Assurance maladie ? Cette idée, défendue depuis de nombreuses années par les professionnels du secteur, est expérimentée depuis février dernier dans le Morbihan. Elle doit s’étendre, en mai prochain, aux Bouches-du-Rhône et à la Haute-Garonne puis, à l’automne, aux Landes, pour une période de quatre ans.

Pour les troubles "légers à modérés"

L’expérimentation s’adresse aux adultes de 18 à 60 ans présentant "des troubles en santé mentale d’intensité légère à modérée". Elle a pour objectif d’améliorer la prise en charge des patients, qui n'ont pas tous les ressources financières pour payer des séances chez le psychologue (dont le prix est compris, en moyenne, entre 30 et 60 euros en France) et qui ne peuvent pas non plus se tourner vers les Centres médico-psychologiques (CMP), où les délais d'attente atteignent parfois plusieurs mois. Le projet vise aussi à faire baisser les prescriptions d’antidépresseurs, la France étant un des pays européens où la consommation de psychotropes est la plus élevée.

Selon l’Assurance maladie, la dépression est l’une des pathologies les plus répandues sur notre territoire. Dans un rapport publié en 2015, l’organisme public estimait qu’en 2012 "8,2 millions de personnes (18 ans et plus) [avaient] eu des soins en rapport avec la santé mentale (…) très souvent pris en charge par le médecin généraliste". Or, les recommandations internationales et, depuis octobre 2017, les recommandations de la Haute autorité de santé (pour la France), préconisent le recours à la psychothérapie en première intention pour ces patients, tout aussi efficaces que la prescription d’anti-dépresseurs dans leur cas.

Jusqu’à une vingtaine de séances prises en charge

Dans chacun des quatre départements choisis, le dispositif permettra aux médecins traitants d’orienter des patients, sur prescription médicale, vers l’un des psychologues cliniciens ou un psychothérapeutes agréés par l’ARS et volontaires pour participer à cette expérimentation.

A l’issue d’un premier entretien d’évaluation avec l’un d’eux, le médecin traitant, après une seconde visite, pourra alors prescrire jusqu’à 10 séances d’accompagnement psychologique de soutien de 30 minutes, payées chacune 22€ au professionnel. Si cela ne suffit pas, 10 autres séances, dites de psychothérapie structurée, de 45 mn (payées chacune 32€ au professionnel) pourront être à nouveau prescrites par le médecin traitant, sur proposition du psychologue ou psychothérapeute, et en concertation avec un médecin psychiatre. L’ensemble des séances, que ce soit chez le médecin traitant ou le psychologue, seront prises en charge à 100% par l’assurance maladie.

Les psychologues écartés de l’élaboration du dispositif

L'initiative, tout en étant saluée par les psychologues, qui y voient une avancée positive pour la prise en charge psychologique, fait grincer des dents, notamment au sein des organisations et syndicats de psychologues.

Pour Gladys Mondière, psychologue et co-présidente de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP), "Il s’agit bien d’une avancée, surtout pour les usagers, car il y a une réelle injustice entre ceux qui ont les moyens de payer une séance chez un psychologue et ceux qui ne les ont pas."

Pour autant, la co-présidente du FFPP déplore que ce dispositif "n’ait pas été pensé avec les organisations représentant les psychologues, à l’exception du syndicat national des psychologues (SNP) qui n’a, cependant, été consulté qu’une seule fois". Et d’ajouter : "l’expérimentation a été élaborée quasiment exclusivement par des médecins " ce qui, selon elle, "est révélateur du fait qu’un décentrage [de la médecine] n’est pas possible en France".

Par ailleurs, tout en reconnaissant la place essentielle du médecin traitant dans ce dispositif, "dans un partenariat avec les psychologues, qui d’ailleurs se fait déjà dans les deux sens", Gladys Mondière s’étonne de l’organisation de l’expérimentation sur un mode de prescription médicale. "Cela implique que l’organisation des séance est déjà fixée : leur nombre, leur durée, ce qui va y être fait. Comme si les médecins connaissaient parfaitement les pratiques de chacun", précise-t-elle. Selon elle, cette démarche traduit un manque de confiance envers les psychologues, pourtant au cœur du dispositif, et une méconnaissance de leur travail.

Des tarifs trop peu attractifs

Quant aux tarifs, la professionnelle les juge beaucoup trop faibles, comme elle juge insuffisante la durée des séances, notamment les 10 premières. "La durée moyenne d’une séance auprès d’un psychologue ou d’un psychothérapeute est plutôt de l’ordre de 45 mn, et ceci, sans la rédaction des compte-rendus qui sont demandés dans le dispositif", regrette Gladys Mondière. "Au final, en enlevant les cotisations sociales, cela fait une séance à 11 €", souligne-t-elle. "Les psychologues ne peuvent pas vivre avec cela et le risque est grand de voir certains enchaîner les séances pour s’en sortir »… ou abandonner le dispositif.

Pour la co-présidente de la FFPP, la généralisation du dispositif devra impérativement être réfléchie avec les psychologues qui "devront être entendus sur leurs pratiques et les modalités du suivi des patients".