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Maltraitance à l'hôpital psychiatrique : que dit le rapport ?

Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, a rédigé le rapport qui dénonce les conditions d'hospitalisation indignes du pôle psychiatrie du CHU de Saint-Etienne. Elle répond à nos questions.

  • Le rapport que vous publiez aujourd'hui est accablant. Quels faits dénonce-t-il exactement ?

Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté : "Nous avons constaté des atteintes aux droits des patients absolument dramatiques. Au sein du service général des urgences, certaines personnes venues librement se faire soigner, se sont retrouvées sur des brancards, attachées pendant plusieurs jours, sans pouvoir se laver, ni même aller aux toilettes. Ces mesures sont totalement illégales et attentatoires aux droits fondamentaux. Et dans le service de psychiatrie, des personnes étaient isolées, et attachées à leur lit sans que leur état d'agitation ne le justifie."

  • Le CHU de Saint-Etienne n'est malheureusement pas un cas isolé ?

Adeline Hazan : "Nous avons observé ce type de mesures d'isolement et de contention dans d'autres établissements. Mais le cas du CHU de Saint-Etienne est particulièrement dramatique. Depuis deux ans, j'ai décidé d'utiliser une procédure spéciale : la « recommandation en urgence ». Autrement dit, je n’ai pas attendu la procédure habituelle consistant à rédiger un rapport pendant six ou huit mois. J'ai décidé d'alerter immédiatement la ministre de la Santé pour qu'elle prenne des mesures. Malheureusement, à ce jour, la ministre n'a toujours pas répondu. En revanche, je tiens à le signaler, l'établissement, le CHU de Saint-Etienne, a immédiatement réagi. Il n'a pas minimisé nos constats et a pris des mesures pour interdire certaines pratiques."

  • Comment expliquer ces dérives ? Etaient-elles liées à un manque de moyens ?

Adeline Hazan : "Pas nécessairement. Il existait quelques postes vacants, mais seulement quatre. Ce n’est pas du tout dramatique par rapport aux autres établissements. Il s’agit plutôt d’une culture, d’une habitude, où les médecins ne s’apercoivent plus, que ces situations sont tout aussi inacceptables qu’illégales."

  • Que faire pour que ces pratiques cessent ?

Adeline Hazan : "Il faut surtout changer la culture d’établissement. La banalisation de ces pratiques me surprend énormément. Les patients ne sont pas considérés comme des sujets de droit mais comme des objets de soins. Bien sûr, ils sont là pour être soignés, mais ils ont des droits. La culture de l’enfermement règne malheureusement dans nos sociétés. Que ce soit dans les hôpitaux, dans les centres de détention ou dans les prisons, l’enfermement est banalisé. Or, enfermer quelqu’un n’est jamais jamais anodin."

  • Doit-on également former les praticiens ?

Adeline Hazan : "Effectivement. Le diplôme d’infirmier psychiatrique a été supprimé il y a une quinzaine d'années. C’est une très grave erreur. À défaut de le rétablir, il faut au moins former les soignants. Je vois par exemple de très jeunes infirmiers arriver dans les hôpitaux psychiatriques. Ils n’ont aucune expérience, aucune connaissance, ils sont formés sur le tas... C’est inacceptable."

  • Vous êtes également contrôleur général dans les prisons et les maisons d'arrêt. Sont-elles sujettes à ce type de dérives ?

Adeline Hazan : "Non. En revanche, il y a dans les prisons des défauts d’accès aux soins. Les détenus attendent parfois très longtemps pour pouvoir se faire soigner. Certains sont atteints de pathologies extrêmement graves, comme des cancers, et attendent plusieurs mois pour obtenir ne serait-ce qu’un examen. À cause du manque de moyens bien sûr, mais également de la surpopulation carcérale."