Hôpital : les internes surchargés de travail

Un an après son entrée en vigueur, la réduction du temps de travail des internes peine à s'appliquer dans les hôpitaux. Selon l'InterSyndicat national des internes (ISNI), ils seraient 90% à travailler plus que la durée légale.

Au cours de son dernier stage à l'hôpital, Nicolas, interne en médecine générale, a enchaîné les semaines de 60 heures… Un temps de travail bien supérieur aux 48 heures hebdomadaires fixées par la loi, qui l'a conduit progressivement vers l'épuisement professionnel. "Quand on est épuisé, on n'écoute même plus les patients qui demandent de l'aide. Il y a des moments où il y a eu des altercations sévères où je ne me reconnaissais plus dans ma manière de m'adresser aux patients", confie Nicolas.

Pour éviter le surmenage, Nicolas aurait dû obtenir des jours de récupération comme la loi l'y autorise. Mais ses supérieurs hiérarchiques ne lui ont jamais proposé. Dans certains hôpitaux, la réglementation concernant le temps de travail de ces futurs médecins n'est pas appliquée. Selon l'InterSyndicat national des internes (ISNI), 90% des internes, toutes spécialités confondues, travaillent plus que la durée légale.

Si les hôpitaux peinent à appliquer cette réforme, c'est parce qu'elle remet en cause toute l'organisation des services à cause du manque de personnel. "Dans la plupart des services, l'absence d'internes conduit à une diminution drastique d'activité voire à la suppression de créneaux de consultation", explique Stefan Neraal, membre du Syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale.

Officiellement, les hôpitaux publics parisiens déplorent cette situation. Néanmoins, ils estiment que le nouvel emploi du temps des internes ne permet pas une formation suffisante sur le terrain. "C'est indiscutablement un bon garde-fou par rapport à certaines dérives qui peuvent exister dans certaines spécialités mais en même temps, cette réforme a un impact sur la formation puisqu'elle diminue le temps de travail des internes au lit du malade. Or, il s'agit d'une caractéristique très particulière de la France : c'est le compagnonnage, le fait d'apprendre au lit du malade", estime le Pr Jean-Yves Artigou, président du groupe des internes à la Commission médicale d'établissement (AP-HP).

Pour garantir une formation de qualité aux internes tout en leur permettant une durée de travail correcte, il faudrait donc envisager une modification de la réglementation. "Ce que l'on demande, c'est une reconnaissance du temps de travail supplémentaire entre 48 heures et 60 heures et ce de manière encadrée et suivie", affirme Baptiste Boukebous, président de l'ISNI.

Au ministère de la Santé, on assure que la future réforme du troisième cycle des études médicales permettra d'adapter la formation des internes.

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