Des malades chroniques mis à l'écart au travail

Cancer, insuffisance rénale, sclérose en plaques… Aujourd'hui, en France, une personne sur quatre souffre d'une maladie chronique. Et si grâce aux progrès de la médecine, une majorité d'entre elles continue à travailler, elles restent trop souvent exclues du monde de l'entreprise. Entre préjugés et stigmatisation, les malades chroniques peinent à trouver un emploi ou à conserver leur poste une fois le diagnostic posé.

Si rester actif leur permet de lutter contre l'emprise de la maladie, les personnes atteintes de pathologies chroniques restent aujourd'hui encore stigmatisées dans le monde de l'entreprise : trop absentes, trop fragiles, pas assez productives…

"La maladie est considérée comme une anomalie dans le monde du travail. Quand on est malade, on sort du monde du travail. Et du même coup, on a tendance à penser que les personnes qui travaillent sont toutes des personnes en bonne santé, ce qui est aujourd'hui de plus en plus faux. Considérer que le travailleur est tout le temps en permanence au mieux de sa forme, productif et performant, c'est du Walt Disney (sic)", explique Dominique Lhuilier, psychologue du travail.

Diabète, migraine, cancer ou hépatite, si les maladies chroniques peuvent être invalidantes, elles n'altèrent pas nécessairement les compétences des travailleurs, bien au contraire. Selon Dominique Lhuilier, "aujourd'hui on ne voit pas encore la maladie sous son angle positif, on ne voit que le négatif. On ne voit que ce qui est du côté du déficit, du handicap, de la perte. On ne voit pas du tout ce que le malade peut apporter comme contribution, à la vie collective, les compétences qui sont les siennes, qu'il a développé dans l'apprentissage de la vie avec la maladie".

Associées à la vie privée, les maladies chroniques restent taboues au travail. Et ce sont souvent les non-dits liés à ces pathologies qui affectent le bon fonctionnement de l'entreprise. Un organisme de formation propose donc d'intervenir auprès des cadres dirigeants, souvent démunis face à la maladie de leurs collaborateurs. "Quand les managers font du soutien, du soutien social auprès des collaborateurs atteints d'une maladie chronique, l'équipe suit. On n'accompagne pas que le collaborateur malade, on va accompagner l'équipe qui durant cette phase, est aussi fragile parce qu'on a un collègue qui est malade", confie Jeanne Leroy, enseignant chercheur en psychologie organisationnelle.

Quinze millions de personnes souffrent aujourd'hui en France de maladies chroniques, soit environ une personne sur quatre. Un chiffre conséquent qui ne peut plus être ignoré.