VIDEO. "On est revenus 40 ans en arrière" : au Venezuela, le système de santé publique est en faillite

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Faute de médicaments mais aussi de médecins, des maladies réapparaissent au Venezuela, comme l'a constaté franceinfo à Caracas. 

"Une piqûre d'insecte", explique Marcos, 58 ans, montrant sa vilaine plaie. "Je n'arrive même pas à trouver de l'eau oxygénée", dit, désemparé, cet habitant d'un quartier pauvre de Caracas, au Venezuela. Il vient chercher de l'aide à l'Institut universitaire de la capitale, une structure qui elle aussi souffre de la crise économique et politique. 

"Vous voyez mon état. Imaginez si ça arrivait à un enfant…", poursuit Marcos. Une mauvaise alimentation, une faiblesse générale et l'infection gagne la jambe. Il souffre quand il se tient debout. Que faut-il changer dans le pays ? "Le système politique bien sûr !" lance-t-il, alors que l'aide humanitaire est toujours refusée par le président en exercice du Venezuela, Nicolas Maduro. Son principal opposant, Juan Guaido a échoué le 23 février dernier à faire ouvrir les frontières aux camions de nourriture et de médicaments.  

Un hôpital déserté 

L’Institut médical où se rend Marcos est quasiment vide, alors qu’avant la crise, ce grand centre, notamment spécialisé dans le traitement des maladies tropicales, recevait une centaine de patients par jour. Actuellement, moins de 20 habitants poussent la porte. Les autres se sont découragés, faute de de traitements. "Nous avons ouvert une consultation pour les personnes porteuses du VIH", témoigne pourtant Nahir Martinez, cheffe du département de virologie à l'institut. Elle explique que le manque de nourriture, de protéines, accélère la dégradation de l'état de santé des malades. "Nous avons des patients ici qui ont perdu un nombre de kilos impressionnant", assure-t-elle. 

Nahir Martinez fait visiter son laboratoire : "Normalement, ici, nous devrions faire des analyses pour les femmes enceintes : toxoplasmose, rubéole, herpès." Il est impossible de faire ces tests. "Nous n'avons plus les réactifs chimiques nécessaires depuis trois ans", ajoute le médecin.

Le retour de maladies éradiquées

"L'an dernier, il y a eu un million de cas de malaria au Venezuela", ajoute le docteur Julio Castro Mendez. Infectiologue réputé, il est coordinateur de l'aide humanitaire auprès de l'Assemblée nationale vénézuélienne. "Il y a 25 ans le Venezuela a été le premier pays dans le monde à vaincre cette maladie, aujourd'hui c'est le pire de tous", affirme-t-il. Et d'autres maladies réapparaissent : "Il y a une résurgence de la rougeole et de la diphtérie, deux maladies qui devraient être contrôlées avec des vaccins. La mortalité maternelle a augmenté de 125 % sur les cinq dernières années. Par rapport à la mortalité infantile, maternelle ou la mortalité en général, on est revenus 40 ans en arrière en matière de santé publique."

Les structures de santé souffrent. "Nous avons compté en trois mois 79 décès dans les hôpitaux, à cause de pannes d'électricité", ajoute Julio Castro Mendez. Face à ce constat accablant, beaucoup de médecins vénézuéliens jettent l'éponge. Selon une enquête nationale menée en 2018 par Julio Castro Mendez, 28 % d'entre eux ont fui le pays...  

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