Scandale sur la codéine : l'ANSM constate une "augmentation du nombre de cas de détournement par des adolescents"

Des médicaments dans une pharmacie de Nancy, le 29 mars 2008.
Des médicaments dans une pharmacie de Nancy, le 29 mars 2008. (MAXPPP)

Nathalie Richard, directrice à l’Agence nationale de sécurité et des produits de santé, constate "une augmentation du nombre de cas, une quinzaine en 2016 et 2 décès depuis le début de l’année".

Deux adolescents sont morts depuis le début de l’année après avoir ingurgité une surdose de codéine, médicament antidouleur détourné en drogue. Cet antalgique, de la même famille que l’opium, provoque une sensation de "défonce" avec un ralentissement du rythme cardiaque. Il peut entraîner un coma, parfois mortel. Certains médicaments à base de codéine sont vendus librement, sans ordonnance.

"Nous sommes alertés depuis environ 2 ans de l’augmentation du nombre de cas de détournement par des adolescents de ce type de médicament", a expliqué vendredi 9 juin sur franceinfo, Nathalie Richard, directrice à l’Agence nationale de sécurité et des produits de santé (ANSM). Pour autant, elle ne recommande pas que tous soient vendus sur prescription obligatoire, mais préconise surtout "l’information des professionnels de santé, des médecins, mais également et surtout des pharmaciens".

franceinfo : Depuis quand êtes-vous alertée par la dangerosité du détournement de ces médicaments ?

Nathalie Richard : Nous sommes alertés depuis environ 2 ans de l’augmentation du nombre de cas de détournement par des adolescents de ce type de médicament. Ce phénomène s’accentue et on le surveille de près. Au niveau de l’Agence du médicament, on a un réseau d’addictovigilance qui signale ce type de cas. On constate une augmentation du nombre de cas, une quinzaine en 2016 et 2 décès depuis le début de l’année.

Selon la maman d’une victime, Pauline, vous avez été alertée dès 2011 et non 2013 ?

L’utilisation de sirop à base de codéine est un phénomène qui existe depuis plus de 10 ans, on appelle cela le "purple drank" aux Etats-Unis. On avait communiqué dessus en 2016. On avait quelques cas rares. Mais on voit que ces cas sont plus nombreux et plus graves qu’avant.

Qu’allez-vous faire une fois que vous connaissez ce danger ?

Ce que l’on essaie de faire, comme on l’a fait en 2016 et 2014 pour d’autres médicaments, c’est d’abord l’information des professionnels de santé, des médecins, mais également et surtout des pharmaciens. On cherche aussi à restreindre et mieux encadrer l’accès de ces médicaments. Certains médicaments qui comprennent de la codéine sont en vente libre, d’autres le sont sur prescription obligatoire. Il ne faut pas oublier que ces médicaments, quand ils sont bien utilisés, le sont pour des malades, qui en ont besoin. On essaie de trouver des mesures équilibrées afin de diminuer un accès facile pour les adolescents et les pré-adolescents qui sont une population fragile.