Consommation excessive d'antibiotiques : "Il faut qu’on arrive à changer notre façon de voir les bactéries"

Une pharmacie de Paris (photo d\'illustration).
Une pharmacie de Paris (photo d'illustration). (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le docteur Jean-Marie Cohen s'inquiète de la résistance des bactéries aux antibiotiques, qui pourraient tuer 2,4 millions de personnes dans les pays de l'OCDE d'ici 2050.

"Il faut qu’on arrive à changer notre façon de voir les bactéries", a estimé le docteur Jean-Marie Cohen, médecin, chercheur à la faculté de Lyon, invité de franceinfo mercredi 7 novembre, alors que l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s'alarme de la résistance des bactéries aux antibiotiques, qui pourraient tuer 2,4 millions de personnes d'ici 2050 dans les pays de l'OCDE. Le docteur Jean-Marie Cohen est le président du Comité scientifique de MFP Services, qui a mis en place dans la région le dispositif "Epid’météo" pour suivre les épidémies en région Auvergne-Rhône-Alpes, grâce à un bulletin hebdomadaire et un site web dédié. Selon lui, "il faut que ce soit à la fois les patients et les soignants qui travaillent ensemble et qui réfléchissent avec les mêmes outils".

franceinfo : L’objectif du dispositif Epid’météo que vous avez mis en place, c'est de sensibiliser le grand public aux risques liés à la surconsommation des antibiotiques. Comment fonctionne-t-il exactement ?

Jean-Marie Cohen : C’est un bulletin sur internet qui donne la carte d'Auvergne-Rhône-Alpes avec pour chaque zone de cette région les causes les plus fréquentes d’infection. Ça permet de savoir quelle est la cause probable d’un tableau infectieux qui vous inquiète, ou d’une crise d’asthme, ou de quelque chose comme ça. Les antibiotiques, c’est un vrai trésor, un patrimoine de l’humanité qu’il ne faut pas gâcher et qu’il faut utiliser à bon escient. Et souvent, on s’en sert alors qu’il ne faudrait pas. Ce n’est pas fait pour décourager mais c’est fait pour savoir quand on a besoin d’antibiotiques et pourquoi. 

Mais n’est-ce pas au médecin plutôt qu’au patient de décider s’il doit ou non prendre des antibiotiques ?

C’est exactement comme pour l’écologie. Les problèmes d’environnement, il faut que tout le monde s’y mette, c’est une démarche collective. Le médecin tout seul a du mal à résister quand un patient demande un antibiotique. De même que les patients, si le médecin leur en donne, ils ont du mal à refuser. Souvent, c’est un malentendu entre les deux qui fait qu’il y a une prescription inutile. Quelques fois, le médecin le marque sur l’ordonnance mais dit "Ne le prenez que dans trois jours si vous êtes toujours malade" mais le patient l’a, donc il le prend directement.

Le dispositif vient d’être lancé, comment allez-vous analyser les résultats ?

On va voir s’il y a un impact sur les antibiotiques mais le but va au-delà de ça. Il faut qu’on arrive à changer notre façon de voir les bactéries. On regarde les bactéries comme des ennemis qui nous rendent malades et qu’il faut combattre. C’est idiot, c’est une perception erronée. Sans les bactéries, il n’y aurait pas de vie sur terre. Les bactéries sont nos amies. Simplement, quand on les change d’environnement, quand elles sont par exemple dans l’urine alors qu’elles ne devraient pas y être et qu'elles provoquent une infection, là il faut des antibiotiques. L’idée, c’est de bien comprendre quand il faut utiliser ces antibiotiques à bon escient.

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