Zika : des chercheurs enquêtent sur la transmission par voie sexuelle

Le virus Zika se transmet quasiment exclusivement par la piqûre de certains moustiques mais d'autres modes de contamination existent. Des chercheurs français ont apporté des preuves décisives concernant la contamination par voie sexuelle. 

Au cœur de l'épidémie de Zika au Brésil, le coupable immédiatement désigné en cas de contamination par le virus est le moustique. Et pour réussir à identifier un autre suspect, il faudrait être sûr qu'une personne n'a pas été piquée, ce qui est impossible. C'est à Paris, dans le service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat (AP-HP) que l'enquête a pu être menée grâce à une jeune femme qui s'est présentée à l’hôpital après avoir développé des symptômes inhabituels. "Une nuit, j’ai eu beaucoup de fièvre et le lendemain, j’ai eu plein de boutons partout. Comme mon compagnon revenait du Brésil, on se doutait que c’était Zika", raconte Sofia*.

Sofia et son compagnon ont immédiatement pensé qu'ils pourraient aider les médecins à prouver la transmission sexuelle du virus Zika. Ils se sont donc soumis à une série d'analyses pour retrouver la trace du virus.

"Nous avons mis en évidence la présence du virus Zika au niveau du sperme du Monsieur. C’est une découverte très importante : nous avons un Zika chez une patiente qui n’avait jamais voyagé, mais qui avait des relations sexuelles avec quelqu’un qui revenait du Brésil", explique le Pr Yazdan Yazdanpanah, infectiologue à l’hôpital Bichat (AP-HP).

A cette étape de l'enquête, pour prouver la culpabilité du sperme, il fallait une preuve par l'ADN du virus retrouvé chez chacun des deux patients. "Nous avons fait la carte génétique du virus et là on a constaté qu’il y avait 100% de similitudes entre les deux virus donc il était certain que la transmission était sexuelle", affirme le Pr Yazdan Yazpanpanah.

Et pour aider à comprendre comment cette transmission avait eu lieu, le couple a accepté de livrer tous les détails de leur intimité. Au cours de leurs relations sexuelles, il n’y avait jamais eu d'éjaculation pas voie vaginale, mais uniquement par voie orale. Ce qui laisse deux pistes pour le passage du virus. "Avant l’éjaculation, il y a un liquide, le liquide séminal qui peut être à l’origine de la transmission. Autre hypothèse : compte tenu de la quantité très importante de virus dans le sperme, la contamination a pu avoir lieu au moment de l’éjaculation orale", précise le Pr Yazdan Yazdanpanah.

Au retour des pays touchés par l’épidémie, il faut donc aussi recourir au préservatif pour les rapports oraux. Et la vigilance doit être maximale chez les futurs pères. Car on connaît désormais le risque de microcéphalie du fœtus, une anomalie du développement du cerveau, si une femme enceinte est infectée.

*Le prénom a été modifié