Syncope : distinguer les cas anodins des cas graves

La syncope peut être anodine. Elle peut aussi être un signal d’alarme, révélateur d’une pathologie sous-jacente qui expose à un accident grave. Des médecins canadiens ont mis au point une échelle qui évalue ce risque et pourrait aider à un tri plus éclairé des patients dans les services d’urgences.

Voile noir devant les yeux, perte de conscience, effondrement musculaire… "tomber dans les pommes" ou voir quelqu’un le faire est toujours impressionnant. Cette défaillance, appelée syncope en médecine, est due à une interruption ou une diminution de l’apport d’oxygène au cerveau. Les causes de la syncope, qui dure généralement moins d’une minute, ne sont pas toujours identifiées.

Elle est, dans la plupart des cas, sans gravité. La syncope est alors dite "vagale". Elle peut survenir suite, par exemple, à une douleur ou une émotion intense, ou une compression du cou. Mais elle peut aussi être le signe annonciateur d’un événement grave, voire mortel. Certains patients présentant une syncope sont victimes, dans les 30 jours après leur passage aux urgences, de tels accidents. Le malaise est alors lié à une pathologie sous-jacente grave comme une cardiopathie (rétrécissement aortique, angor, infarctus du myocarde, hypertension artérielle pulmonaire…), un trouble du rythme, de la conduction cardiaque, ou encore une embolie pulmonaire. Les cardiologues estiment à environ 0,7% le risque de mortalité dans les deux à quatre semaines qui suivent la syncope, et 10% dans l'année qui suit.

Une échelle pour évaluer la gravité de la syncope

Mais comment savoir si la syncope est de mauvais augure ? Pour évaluer ce risque, des chercheurs canadiens proposent une échelle, le CSRS (pour Canadian Syncope Risk Score), comprise entre -3 et +11. Ils publient leurs résultats dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ).

Pour la mettre au point, les scientifiques ont exploité les données recueillies sur 4.030 patients qui se sont présentés dans un service d’urgence suite à une syncope. Les patients recrutés avaient en moyenne 53,6 ans. Sur ces milliers de personnes, 147 (3,6%) ont déclaré un événement grave dans les 30 jours.

D'après leurs résultats :

  • un score inférieur à - 2 évoque un très faible risque (< 1%) 
  • les scores de -1 à 3 sont évocateurs d'un risque faible à moyen (1% à 8%) et nécessitent une évaluation médicale approfondie.
  • un score de 4 ou plus est lié à un risque élevé ou très élevé (> 12%) et implique une hospitalisation.

Pour calculer ce score, les médecins s'appuient sur des éléments diagnostiques classiques en cardiologie :

  • électrocardiogramme (ECG) (présence d'éventuelles anomalies)
  • prise de sang (présence d'un biomarqueur de l’infarctus du myocarde, la tropine)
  • tension artérielle

Le calcul intègre aussi d'éventuels antécédents de syncopes ou de maladies cardiovasculaires.

Désengorger les urgences et rassurer les patients

Si ces éléments exploratoires étaient déjà utilisés par les médecins pour la prise en charge des syncopes, cette échelle pourrait être un outil solide pour d’aide à la décision et éviter les hospitalisations inutiles. Il pourrait aussi s’avérer utile pour rassurer les patients inquiets : dans l’étude, moins de 7% des patients avaient un score supérieur ou égal à 4.