Pneumocoque à Marseille : "Les infections respiratoires font des milliers de morts chaque hiver", explique un spécialiste en maladies infectieuses

Le port de Marseille dans les Bouches-du-Rhône, le 15 novembre 2019 (photo d\'illustration).
Le port de Marseille dans les Bouches-du-Rhône, le 15 novembre 2019 (photo d'illustration). (CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

Par précaution, 4 000 salariés d'un chantier naval à Marseille vont être vaccinés lundi 3 février en raison d'une infection par pneumocoque qui a déjà touché 13 personnes.

"Les infections respiratoires, de façon générale, sont des infections parmi les plus graves, elles font des milliers de morts chaque hiver", explique ce dimanche sur franceinfo le professeur Philippe Parola, spécialiste en maladies infectieuses à l’IHU Méditerranée infection à Marseille. Treize salariés d'un chantier naval de Marseille ont été touchés par un pneumocoque, a indiqué l'Agence régionale de santé (ARS) dimanche 2 février, qui met en place une opération inédite de vaccination de 4 000 salariés lundi.

Franceinfo : Qu'est-ce que ce pneumocoque ?

Philippe Parola : C'est l'une des bactéries les plus connues comme agent de pneumonies, d'infections respiratoires. Mais elle se traite efficacement par antibiotiques quand on la detecte suffisamment tôt. Dans le cas contraire, elle peut entraîner une infection respiratoire, atteindre des poumons mais également entraîner des infections généralisées, une infection sanguine également. Les infections respiratoires, de façon générale, sont des infections parmi les plus graves. Malheureusement, chaque année, nous avons des cas graves d'infections respiratoires, notamment celles dues aux pneumocoques. Elles surviennent parfois de manière isolées, et parfois surinfectent des infections virales comme la grippe ou des coronavirus.

D'où vient cette bactérie ?

On peut être porteur sain du pneumocoque, on peut l'acquérir par contagion. Ensuite, pourquoi une maladie se déclenche ? On le sait assez peu... Il peut y avoir des facteurs de promiscuité, par exemple plusieurs marins qui dorment dans la même cabine et qui peuvent se la transmettre plus facilement. Il peut aussi y avoir des facteurs environnementaux, c'est-à-dire l'exposition à des facteurs irritants, des fumées, etc... Pour l'instant, on n'en sait rien. Il y a des investigations en cours. À partir des cas sentinelles, il faut chercher à comprendre ce qui s'est passé et prendre des mesures. Nous avons alerté les autorités sanitaires, l'ARS et la direction générale de la santé, qui prennent les mesures nécessaires : conseiller le médecin de bord pour traiter les cas et faire une stratégie de vaccination dans cet écosystème particulier.

Justement, dès lundi, il y aura une quinzaine d'équipes de vaccination sur place. Vacciner 4 000 salariés en une journée, c'est du jamais-vu ?

Non, ce n'est pas du jamais vu. Les autorités sanitaires savent faire. Ensuite, il faut mettre les moyens. L'ARS a demandé des moyens à l'assistance publique des hôpitaux de Marseille pour effectuer cette campagne, je ne suis pas inquiet. Ça va se faire en coordination avec le médecin de bord qui a déjà commencé dimanche, avec des vaccins fournis par l'ARS, ça va continuer lundi. Les infections respiratoires, notamment chez les personnes fragilisées ou dans des contextes que l'on ne comprend pas encore, doivent être traitées par antibiotiques. C'est ce que nous avons fait avec la quarantaine de patients que nous avons vu dans les hôpitaux de Marseille. Lorsqu'une infection respiratoire est traitée suffisamment tôt, il y a toutes les chances que ça guérisse très rapidement.

Cela n'a rien à voir avec le coronavirus venu de Chine ?

Non, pas du tout. Notre capacité est de voir chez les gens infectés par le pneumocoque s'ils ont des virus associés. On en a trouvé : la grippe, des rhinovirus, des coronavirus mais pas celui venu de Chine. Les infections respiratoires font des milliers de morts chaque hiver, parfois virus plus bactérie, c'est souvent le cas, mais le virus varie.

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